Desmotsdesimages

16 avril 2017

80 ans…

Publié par Des mots...Des images... dans Atelier d'écriture, BIENVENUE, Jouer avec les mots, LIBERTE, Non classé

Ecrivez ce qui précède ( le début de cette histoire ) :

“Aujourd’hui j’ai quatre-vingts ans, je ne pensais pas vivre aussi longtemps. Tu pousses avec bienveillance mon fauteuil roulant dans le parc de la résidence. Il fait doux, les fleurs répandent dans l’air leur pollen allergisant. Je sens le vent dans mes cheveux gris, j’ai perdu tous mes amis. Mais toi t’es là. Et dire qu’à trente ans je ne t’envisageais toujours pas. »

 

Aujourd’hui je fête mon anniversaire. 80 ans, l’entrée dans le quatrième âge diront certains.  Pour moi, ce n’est que le long défilé de jours qui se suivent et se ressemblent.

6h je mets  mon poste de radio en marche sur France inter bien sûr, elle a toujours été ma radio préférée et aujourd’hui mon lien avec le monde tourbillonnant. J’écoute bien sagement au lit puisque je ne peux plus me lever seule. Vers 8h, l’infirmière, Cathie, arrive ainsi que mon auxiliaire de vie Jennifer. Elles conjuguent leurs efforts pour me lever et me préparer pour la journée. Depuis que je ne peux plus marcher j’ai pris du poids: l’inactivité ne me convient pas. L’infirmière quelle qu’elle soit est toujours pressée, elle enchaîne les levers, les toilettes, les prises de sang et autres soins. À 8H15, elle est déjà sur le départ. Jenny m’aide à préparer mon petit déjeuner. Quand elle est là je me sens encore utile alors que quand c’est Isabelle j’ai l’impression de ne plus être capable de rien . Dans sa générosité, elle fait tout, croyant m’epargner des efforts coûteux alors que je ne demande qu’à être encore active. J’ai encore de l’énergie même si mon corps est empêché. Je n’ose pas lui dire à Isabelle que j’aimerais qu’elle me donne de petites tâches à faire. J’ai peur de la froisser, qu’elle croit que son travail n’est pas bien fait. Il est vrai que parfois je m’y prendrai bien autrement mais je ne dis rien.

Avec Jenny, c’est différent. Elle m’associe à tout ce qu’elle fait. Elle sollicite mon avis elle me propose toujours de participer à la préparation des repas, au pliage du linge et autres tâches quotidiennes que jusqu’à mon AVC je faisais seule. Isabelle fait ce qu’elle a à faire,  elle est discrète. Jenny est bavarde, un peu trop parfois mais elle m’apporte les nouvelles de la ville, du quartier. Elle est avec moi jusqu’à 13h. Avant de partir, elle m’installe au salon. Sur la table roulante près du fauteuil j’ai mes mots croisés, mon journal, mon livre, une petite radio et la télécommande de la télé.

À 18h 30 elle revient, m’installe pour dîner puis aide l’infirmière à me coucher. Vers 20h je suis déjà au lit. Heureusement que tu m’as fait installer un lit médicalisé télécommandé,  la télé et le téléphone comme cela les soirées sont moins longues.

Parfois tu m’appelles pour savoir comment s’est passé ma journée. Tu as toujours quelque chose à me raconter de la tienne. Ça me fait du bien de t’entendre. Tu me parles de Gabriel et de Christelle,  de leurs vies familiales, l’un à Paris l’autre à Lyon. Ils passeront quelques jours à Noël à la Renardière où tu nous réunis tous les ans. Il a eu tant de cavalcade dans cette maison et quand nous y sommes je rajeunis. Je revois notre vie familiale,  Georges souvent dans son bureau,  toi et ton frère au salon. Aujourd’hui,  c’est ta famille qui en a pris possession.  Quand tout le monde est là la vie tourbillonne. Les enfants rien, jouent, se disputent, pleurent.  Et toi tu orchestres toute cette activité sans jamais te départir de ta bonne humeur.  Jean-René s’agace parfois mais le plus souvent il est au bureau comme ton père ou dans le parc.J’adore ce moment de vie intense et en même temps quand tu me ramènes à Quimper, j’apprécie de retrouver le calme de mon appartement dans la petite résidence de Pen-ar-prat. 

Dans ma semaine, mon rayon de lumière c’est ta venue le dimanche car avec toi  je sors de ma routine. Parfois tu viens avec Jean-René qui déjeune avec nous. Et quand il fait beau tu m’emmène au vallon Saint-Laurent prendre l’air. Parfois tu viens me chercher pour passer la journée de à Sainte-Marine. De temps en temps nous allons rendre visite à ma cousine Hélène à Loctudy . J’aimerais la voir plus souvent  mais c’est tellement compliqué les déplacements en fauteuil.  Je me rends bien compte des efforts que cela t’impose. Jamais tu ne t’en plains, toujours tu souris, toujours tu es enthousiaste. Comment fais-tu?

Aujourd’hui j’ai quatre-vingts ans, je ne pensais pas vivre aussi longtemps. Tu pousses avec bienveillance mon fauteuil roulant dans le parc de la résidence. Il fait doux, les fleurs répandent dans l’air leur pollen allergisant. Je sens le vent dans mes cheveux gris, j’ai perdu tous mes amis. Mais toi t’es là. Et dire qu’à trente ans je ne t’envisageais toujours pas.

A vous…

Laisser un commentaire

benuzdansleblog |
Youngkempe |
MICHTO OU LA HAINE CRESCENDO |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Ecrivainamateurfr
| Lancel2012
| littérature et société 2012-13