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20 juin 2015

STAGES DE PEINTURE -DESSIN

Publié par Des mots...Des images... dans Art, BIENVENUE, L'ATELIER, LIBERTE, Non classé, Tentatives artistiques

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Une région magnifique: la Riviera bretonne (Fouesnant).

Un cadre enchanteur: un charmant atelier entouré d’un jardin champêtre à deux pas des marais de Mousterlin.  

Une professeure  artiste, joyeuse, dynamique, chaleureuse et généreuse.

Des modalités sympathiques.

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Optez pour un stage de peinture ou dessin avec la technique que vous souhaitez: crayons, pastels, aquarelle, fusain, acrylique, collage ou techniques mixtes.

Contactez L’atelier Mana au 02 98 56 01 54 / 06 88 76 82 49

 

 

http://atelier.mana-atelier.dessin.peinture.over-blog.com/2015/06/stage-creation-d-un-tableau-en-15-heures-du-17-au-21-aout-2015.html

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dernières touches encadré

Picasso oct 2015 retouchée

Nature morte

 

 

3 janvier 2015

Happy new year!

VOEUX 2015 modif

23 novembre 2014

L’atelier, fin…

Publié par Des mots...Des images... dans Atelier d'écriture, L'ATELIER

L’aventure est finie ou plutôt elle se poursuivra dans les imaginations, sans moi.

L’atelier 31 clôt l’histoire.

J’ai publié l’intégrale à partir de mon document Word sans y retoucher pour un meilleur confort de lecture. Le blog c’est bien, mais remonter au début de l’histoire est fastidieux.

Surtout ne pas hésiter à commenter.

Bonne lecture!

23 novembre 2014

L’ATELIER (l’intégrale)

Publié par Des mots...Des images... dans Atelier d'écriture, L'ATELIER

 

[Une nouvelle contrainte  tirée de « 1Q84 » d’Haruki Murakami(Belfond 2011):

tuyau, à côté, homme, interrompre, propriétaire, intuitivement, auparavant, éphémère, intimidation, renfrogné.]

Mardi 6/11/2012

Ce matin, grâce à un tuyau fourni par un copain, j’ai obtenu un rendez-vous avec un propriétaire d’un loft de 200m2  bien placé,  à côté de la Cité des Fleurs dans le XVIIème arrondissement.

Auparavant mes recherches s’engageaient plutôt vers les quartiers du XIème, XIIème, XIIIème et XIVème, histoire de rester dans mon secteur d’origine. Mais, là, je me suis dit que j’avais vraiment besoin de déménager pour pouvoir installer mon atelier. Je me suis décidé à interrompre mes recherches pour appeler ce numéro. Je suis tombé sur un homme peu disert qui semblait plutôt renfrogné et pas très décidé à louer. Malgré mon intimidation face à un personnage aussi peu engageant, j’ai insisté et obtenu ce rendez-vous matinal, moi qui suis habituellement de l’après-midi et ai tant de mal à me lever.

Intuitivement j’ai senti comme une opportunité qu’il ne fallait pas laisser passer. Je me suis munie de tous les papiers les plus divers dont je pourrais avoir besoin pour amadouer l’homme et surtout, je n’ai pas oublié mon book présentant un florilège de mes œuvres déjà exposées ou vendues.

Arrivée en vélo, au 18 rue des Epinettes, une impression positive, au départ éphémère, qui  hier m’effleurait, s’installe en moi. Je ne sais pourquoi, je sens que c’est ici que mon travail pourra se poursuivre avec succès : extérieur sympathique où j’imagine un jardin de curé pouvant accueillir certaines de mes sculptures,  une grande verrière au verre dépoli comme dans les ateliers du XIXème siècle, une porte en bois massif au décor  travaillé façon art-déco.  Waouh ! Je suis impressionnée. Il faut que j’obtienne ce loft.

Je me mets en condition pour surtout bien me vendre, sans en faire trop, mais suffisamment pour séduire ce propriétaire échaudé par un précédent locataire indélicat. Je sonne… Quelques secondes et la porte s’ouvre sur un homme d’un âge certain dont le sourire fatigué  éclaire un visage buriné.

«-    Bonjour, je suis Cécile Freyssinet, nous avions rendez-vous.

-  Jacques Juliet, entrez ! Je vais vous faire visiter les lieux. Je ne vous cache pas que devant l’échec d’une précédente expérience, l’idée m’est venue de cesser toute location pour échapper aux tracas. A vous de me convaincre de votre adéquation à ce lieu si particulier et de me persuader de vos qualités de bonne locataire solvable et soignée.

-   A la première impression, je suis totalement séduite par l’espace, tant intérieur qu’extérieur. Dehors, avant de sonner, je me suis imaginée mettant en valeur ce petit bout de jardin où certaines de mes œuvres pourraient prendre place. J’ai vraiment besoin d’un
lieu où l’espace me permettra de répondre à mes commandes, de vivre et de créer.

-  Vous êtes artiste ?

-  Oui, je suis peintre et sculpteur, à la recherche d’un atelier depuis des mois. J’ai été récemment exposée à la galerie B de Pont-Aven en Bretagne et cela m’a valu un succès auquel je ne m’attendais pas. L’été prochain Françoise Livinec m’accueillera pour une nouvelle expo parmi d’autres artistes, à l’Ecole des filles de Huelgoat et l’hiver suivant elle m’hébergera dans sa galerie parisienne, avenue Matignon pour un mois.

-  Le précédent locataire m’avait assuré qu’il ferait vivre ce lieu en harmonie avec son inspiration. Résultat des courses, je me suis retrouvé avec un loft dégradé, un jardin à l’abandon comme vous avez pu le constater  et des loyers impayés. La vie d’artiste n’est pas toujours synonyme de succès. Comment pouvez-vous m’assurer qu’il n’en sera pas de même avec vous ?

-  J’ai ici  mes derniers relevés de compte, mes commandes pour les mois à venir, les recommandations de mes précédents propriétaires et mon book regroupant les photos de mes dernières expositions. Prenez le temps de les étudier.

-  Votre travail est très intéressant, je suis moi-même amateur d’art et apprécie les artistes en recherche. J’hésite entre louer et vendre car à terme ce sera la solution que je retiendrai quand j’aurai fait face à toutes mes échéances. Quels sont vos projets d’avenir ?

-   Je souhaite m’installer de façon pérenne de manière à asseoir ma présence sur la scène parisienne des artistes contemporains. Me lancer dans une acquisition pourrait m’intéresser et pourquoi pas une location-accession ?

-    Je ne suis pas seul propriétaire de ce lieu, ma femme l’est aussi. Elle m’a délégué cette première rencontre. Je suis au premier abord intéressé par votre profil, mais il faut que nous étudiions la question plus en profondeur avec elle et peut-être aussi avec notre conseiller financier, si nous décidions d’une location-accession, afin d’en fixer le prix.

-    Je suis touchée que ma candidature retienne votre attention. Une location-accession serait la solution idéale. Je souhaite que votre prix prenne en compte les travaux qui sont à effectuer pour une remise en état du loft, travaux que je pourrais prendre à ma charge si nous décidions de faire affaire.

-   Je garde vos références ainsi que vos relevés. Disposez-vous d’un site Internet sur lequel mon épouse pourrait voir vos travaux ?

-  Oui, bien sûr, je vous note cela au dos de ce relevé. Si vous le souhaitez, je peux vous laisser mon book il est plus représentatif que mon site qui a besoin d’être retravaillé pour refléter ma tendance actuelle.

-  Je dois vous dire que j’avais plutôt fait une croix sur l’occupation de ce loft, mais aujourd’hui j’entrevois la possibilité qu’il reprenne vie.

-  J’avais ressenti au téléphone votre réticence et m’étais faite à l’idée que cela n’était pas gagné. Je vous remercie de m’avoir tout de même reçue et j’espère ardemment que cela aboutisse à une collaboration.

-  J’en discute avec mon épouse et vous recontacte d’ici quelques jours.

- Merci encore ! Je vais attendre de vos nouvelles avec impatience. »

La poignée de main  est bien plus chaleureuse que n’a été le premier contact téléphonique. Cet homme n’est pas si renfrogné mais plutôt méfiant comme peut l’être un propriétaire ayant vécu une mauvaise expérience. Je croise les doigts pour que ce premier entretien aboutisse à une conclusion qui serait pour moi la concrétisation d’un  rêve.

A suivre…

Laissant mon vélo accroché à la grille, Je décide d’aller faire un tour dans ce quartier dont je connais bien la Cité des Fleurs car deux de mes amis y résident. Rue des Epinettes,  square Sainte-Croix, square des Epinettes, rue de la Jonquière, métro Guy Môquet, je remonte la rue Guy Môquet jusqu’à la Cité des Fleurs et décide d’aller frapper chez Patrice et Philippe. Je n’ai qu’une hâte, c’est de partager ce qui m’arrive.

Je traverse le jardin où ne demeurent que quelques belles nérines en fleurs et quelques boutons de roses qui ne s’ouvriront pas au vu du froid automnal. Les plants d’euphorbes restent magnifiques en cette saisons et les quelques graminées roussies se balancent au gré du vent léger. Je m’imagine agrémenter le 18 rue des Epinettes… Attention à ne pas trop rêver ! Et si cela ne marchait pas ?

Je n’ai même pas le temps d’utiliser l’original marteau qui orne la porte que Philippe apparaît.

« -   Tiens, Cécile,  une passagère du matin ? Inhabituel pour toi ! Que nous vaut cette visite ?

-  Je traîne dans mon futur quartier ou tout du moins je croise les doigts pour qu’il le devienne.

-   Entre et raconte-moi tout. Patrice n’est pas là, il est  au marché. Il ne devrait d’ailleurs pas tarder à rentrer.

-   C’est sûrement grâce à lui que je peux rêver à mon futur atelier. Tu te souviens, la semaine dernière, il m’a parlé d’un loft dans le quartier ? Je viens d’aller le visiter. Ce serait l’endroit rêvé pour poser valises et chevalets.

-   Où ça ?

-   Rue des Epinettes, au fond d’une cours, un petit jardin et un loft de 200m2 avec une superbe verrière à l’ancienne : la lumière idéale pour travailler.

-   Patrice m’en avait parlé mais le proprio n’avait pas l’air très chaud pour relouer. Il a changé d’avis ?

-   Je me suis levé tôt, un exploit pour moi ! J’ai joué mon va-tout pour le persuader de retenter l’expérience. Il a gardé mon book et mes références pour en discuter avec sa femme. Le contact, qui au téléphone avait été très froid semble aujourd’hui s’être établi. Nous avons même  parlé location-accession. Tu m’imagines, moi, propriétaire dans le XVIIème alors que je ne jurais que par le sud-est et le sud parisiens ? Il doit me rappeler avant la fin de la semaine, je vais être sur des charbons ardents tant que je n’aurai pas la réponse.

- Il faut vraiment que tu aies eu le coup de cœur pour imaginer émigrer dans le nord. Tiens voilà Patrice. On se fait un thé et quelques petits gâteaux et tu lui racontes tout ça.

Bis repetita… Tout en appréciant mon thé aux épices je partage mon enthousiasme. Patrice m’explique que le propriétaire, monsieur Juliet est un riche héritier d’une famille de mécènes particulièrement intéressé par l’art contemporain. S’il m’a transmis ses coordonnées c’est parce qu’il pense que mon travail peut retenir son attention et jouer en ma faveur.

L’espoir gonfle encore, l’attente va être longue  d’ici à vendredi. Patience…patience…

A suivre…

9/11/2012

Vendredi  midi : difficile de se concentrer depuis trois jours  et pourtant j’ai du boulot. La mairie de Brunoy attend une de mes sculptures pour la fin du mois. Il faut que j’arrive à m’y remettre !

J’enfile mes baskets, je ferme l’atelier, un tour de quartier ne me fera pas de mal pour évacuer les tensions et retrouver le calme nécessaire à la précision et à l’habileté de la main. Tout en marchant, je visualise mon travail en cours : ce qu’il faut retoucher, ce qu’il reste à faire. J’évalue le temps qu’il me faudra pour finaliser cette œuvre.  Si en rentrant je m’y mets, j’en ai pour trois jours environ au rythme de  six heures de travail par jour. Maintenant que le point est fait, je peux laisser aller mon esprit au rythme de mes pas. De temps à autre, mon œil s’arrête sur un détail d’architecture, un graffiti, parfois sur un visage ou une scène de rue. La caméra tourne, elle enregistre du matériau pour plus tard.

Ah, la marche ! Rien de tel pour se ressourcer !

De retour à l’atelier, l’impatience me gagne : je rallume mon portable. Quelques secondes… La sonnerie de mon répondeur retentit.  Je décroche : la voix de femme ne m’est pas familière. Mme Juliet m’annonce qu’elle et son mari souhaite me rencontrer, si possible à mon atelier. Ils attendent de mes nouvelles afin de fixer un rendez-vous.

Tout d’abord anesthésiée, une forte tension  m’assaille. Je crois que j’ai bien fait d’y croire : si c’est Madame qui m’appelle, c’est qu’ils sont plus qu’intéressés par mon profil. Je me sers un thé pour me ressaisir et être suffisamment sereine pour les appeler.

J’enclenche la fonction rappel de mon téléphone : Madame Juliet me répond :

« – Cécile Freyssinet, bonjour ! Je viens de trouver votre message. Je suis disposée à vous accueillir dès qu’il vous est possible.

-Votre travail a retenu toute notre attention. Cela nous intéresse de découvrir l’univers dans lequel vous travaillez. Nous sommes disponibles cet après-midi. Est-ce que 16h vous conviendrait ?

-Pas de problème, je vous attends. Voici l’adresse de mon atelier : 6 passage du Moulinet, métro Tolbiac. Vous n’aurez aucune difficulté à trouver, c’est au fond de la cour. Il n’y a pas de code sur la porte donnant sur la rue.

- A tout à l’heure ! »

Que faut-il faire ? Un peu de rangement ? Ne vaut-il pas mieux laisser l’atelier tel quel ? Cela semblera plus vivant. Je vais tenter de travailler un peu malgré mon excitation. Je choisis de reprendre une esquisse car je suis incapable de travailler en précision sur ma sculpture.  Finalement, je prépare de quoi servir un thé car ma capacité de concentration est nulle.

16h… On frappe à la porte.

A suivre…

J’ouvre. Madame Juliet me tend la main :

«  Dominique Juliet, enchantée.

-Cécile Freyssinet. Entrez ! Voici mon univers de travail, j’y suis un peu à l’étroit comme vous pouvez le constater. Mon ouvrage en cours trône au milieu de tout un fatras de projets.

-Vous dites fatras, mais je ne ressens qu’une activité soutenue de création. N’est-ce pas Jacques ? Nous avons connu un chaos inimaginable avec notre précédent locataire. A côté, votre atelier est un modèle d’ordre et de propreté.

- Merci !

-Mon épouse tenait à vous rencontrer dans votre lieu de création pour mieux apprécier l’univers qui a fait naître les œuvres présentées par votre book.

-J’ai été impressionnée par votre travail.  Je suis curieuse de voir certains de vos projets. N’est-ce pas indiscret ?

-Bien sûr que non, il n’y a rien de secret. J’ai ici un projet d’affiche pour un festival de jazz, là  l’esquisse d’une sculpture pour le théâtre de Cornouaille à Quimper, ici quelques crayonnages pour une future toile… Je vous laisse découvrir.

-Est-ce  votre exposition à Pont-Aven qui vous a apporté la sculpture pour le théâtre de Quimper ?

-Oui, le directeur du théâtre a assisté au vernissage et s’est de suite montré intéressé. Cette expo est ce qui m’est arrivé de mieux depuis que j’essaie de faire mon trou. Cela a été un véritable coup de pouce comme tout artiste rêve d’en avoir.

-Travailler avec des structures publiques est susceptible de vous apporter de nombreuses autres commandes.

-Je l’espère, même si j’aimerais aussi garder du temps pour mes travaux personnels et mes recherches.

-Qu’en penses-tu Jacques, Le loft des Epinettes ne serait-il pas un lieu adapté à tout ce travail qui nous est-montré ?

- Nous y avons réfléchi  et venir vous voir n’était que le prétexte à confirmer notre décision. Dominique avait besoin de vous rencontrer.

-Allons-nous asseoir! Peut-être prendriez-vous un thé ?

-Avec plaisir, nous serons plus à l’aise pour discuter affaire autour d’une tasse de thé. »

A suivre…

Mr et Mme Juliet s’installent à la table bistro pendant que je relance la bouilloire électrique.

« -J’étais sous pression depuis ma visite rue des Epinettes. Il me tardait que vous me contactiez. Je suis très heureuse que vous reteniez ma candidature.

-Nous allons vous exposer notre projet. Je te laisse la parole Jacques.

-Voilà, au vu de l’intérêt que nous portons  à votre démarche artistique, nous souhaitons y contribuer d’une certaine façon. Notre projet étant de vendre le loft quand nous aurons fini de le financer, nous pensons que la solution de la location-accession est une bonne solution : notre prêt se termine dans 5 ans. Nous établissons aujourd’hui la valeur du bien afin d’en déterminer le loyer et l’apport initial. Cette évaluation ne sera en aucun cas révisable quelle que soit la valeur du marché dans quelques années, même si nous savons qu’à Paris le marché immobilier ne cesse de grimper. Ceci sera notre contribution de mécènes à votre travail d’artiste.

-Cela fait des années que nous cherchons un artiste contemporain dont le travail nous donne envie de le soutenir. Vous nous avez complètement séduits et votre œuvre est très prometteuse. Vous méritez ce coup de pouce.

-Je…Je suis abasourdie. Je ne sais que dire…

-Buvons ce thé Cécile, permettez que je vous appelle par votre prénom. Appelez-nous Jacques et Dominique.

-Bien sûr.

-Expose les conditions s’il te plaît Jacques.

-Nous avons fait évaluer le loft par notre notaire et par un agent immobilier. En faisant la moyenne on arrive à 1 250 000 € hors frais. Notre précédent locataire payait un loyer de 4 000€ par mois,  ce qui fait 48 000 € par an. Nous resterions sur cette base pendant 10 ans, ce qui couvre parfaitement nos frais. Nous vous proposons un apport initial de 250 000 €. Vous nous règleriez le solde au terme des 10 ans si vous le pouvez ou nous repartirions sur une nouvelle période de location dont la durée serait à déterminer.

-Que pensez-vous de cette possibilité, Cécile?

-Eh, bien, j’avoue que j’ai du mal à réfléchir tant votre proposition me prend de court. J’ai besoin de prendre le temps de m’imaginer rue des Epinettes avant d’évaluer si je souhaite devenir propriétaire et si j’en ai les moyens financiers.

-Oui, bien sûr ! Tout cela va un peu vite. De notre côté nous avons une bonne confiance dans votre capacité d’évolution sur le plan artistique dans un marché qui devrait vous faire une belle place. Notre proposition n’est pas faite à la légère. Nous avons pris le temps de recoupez nos informations avec des amis experts qui ont su apprécier votre travail.

-J’imagine qu’à cela s’adjoindraient des conditions concernant mon travail d’artiste, non ?

-Oui, nous aimerions avoir des facilités d’achat de certaines de vos œuvres et peut-être aurons-nous quelques commandes.

-Je vous remercie de m’avoir choisie et j’ai maintenant besoin de réfléchir. Serait-il possible de visiter à nouveau le loft afin de guider ma réflexion ?

-Dès que vous le souhaitez, je peux vous laisser les clefs aujourd’hui. Ainsi vous pourrez l’examiner à loisir accompagnée de qui bon vous semblera. Il est entendu que nous remettrons l’appartement en état avant que ne vous y installiez.

-Cécile, nous allons vous laisser cogiter. Rappelez-nous dès que vous aurez une idée plus précise de vos aspirations. Merci pour votre excellent thé.

- Je vous tiens au courant au plus vite. Je vous raccompagne. »

A suivre…

De retour à l’atelier, je m’assois dans le canapé, un peu sonnée. Avant de me lancer dans quoi que ce soit, je ferai peut-être bien de me renseigner un peu sur le couple Juliet, sur la place qu’ils occupent dans le monde de l’art. Le mieux, c’est peut-être d’appeler Patrice, c’est lui qui m’a passé l’info. Il est critique d’art, il a ses filières pour obtenir des renseignements.

Je prends mon téléphone, c’est Philippe qui décroche. Je lui raconte les évènements du jour, il est emballé pour moi. Patrice est absent, il est encore au boulot. Il bosse pour Artension.fr, webzine très réactif traitant de l’art contemporain. Il y tient une chronique hebdomadaire sur l’actualité parisienne. Il me rappellera ce soir.

Tout cela me perturbe, j’ai le cerveau bouillonnant et les idées qui se percutent. J’enfile ma blouse, reprends mes outils et m’applique à me centrer sur ma sculpture pour prendre du large et laisser se réorganiser les pensées. J’en suis à la finition, je travaille les détails et la concentration est totale : pas de place pour la rêverie, juste une immersion absolue dans la manualité, la précision du geste où le temps n’a plus cours.

La sonnerie du téléphone me ramène à la temporalité présente, c’est Patrice. Philippe lui a déjà raconté les derniers évènements et j’en viens donc à la question qui me préoccupe : quelle confiance puis-je avoir envers  Mr et Mme Juliet ?

«  La proposition de Mr et Mme Juliet est tellement avantageuse pour moi que je me pose la question de sa vraisemblance. Quels bénéfices peuvent-ils tirer de cette situation ? Quelles sont leurs motivations ? Qui sont-ils  vraiment ?

- Dominique et Jacques Juliet sont des personnages très présents sur le marché de l’art contemporain, ils ont acquis une collection très substantielle d’œuvres importantes d’artistes pas toujours très connus qu’ils ont contribué à faire émerger et dont ils ont fait monter la côte. Ils ont une surface financière qui les met à l’abri pour plusieurs générations. En dehors de l’aspect financier, ce sont des personnes qui ont un regard très humain sur les artistes et une réelle passion pour l’art. S’ils sont intéressés par ton travail, tu peux être sûre que leur engagement est solide. Ils avaient soutenu leur locataire précédent qui les a fortement déçus par ses errements  tant artistiques que personnels. Ils y ont perdu beaucoup d’argent  en loyers impayés et en œuvres achetées qui n’ont jamais obtenu de reconnaissance sur le marché de l’art hormis sur le micromarché local et encore de manière très éphémère.

-J’entends bien ce que tu dis Patrice mais comment peuvent-ils préjuger de mon avenir artistique?

-Ils ont sûrement pris contact avec  La galerie B et Françoise Livinec, ont sollicité l’opinion des membres de leur entourage faisant partie du monde de l’art contemporain. Tu peux être certaine qu’ils vont tout faire pour que ton œuvre passée et à venir acquière une certaine notoriété. Tu as peut-être l’impression de vivre un conte de fée mais rassure-toi, la réalité le rattrape. Ton travail est vraiment très intéressant et peu à peu tu construis une œuvre de plus en plus cohérente qui ne peut laisser le monde de l’art indifférent. En tous les cas, je te conseille de foncer tête baissée dans ce projet.

-J’ai du mal à atterrir car je ne me sens pas digne d’un tel intérêt. Je crois que je n’étais pas encore prête à cela même si je m’en sens flattée. Ce que tu me dis de ce couple m’engage à saisir cette opportunité qui ne se représentera sans doute pas. Tu savais déjà en m’envoyant visiter cet atelier qu’une telle opportunité s’ouvrirait pour moi, non? Je te soupçonne d’avoir travaillé Mr et Mme Juliet depuis plusieurs mois avant de m’y envoyer.

-Tu as raison, je ne t’ai pas adressée au hasard, ce sont des personnes que je suis amené à côtoyer régulièrement de par mon job et dont je connais très bien l’influence et la justesse du regard sur l’art.

Nous aussi, on se connaît depuis longtemps, j’ai moi-même une opinion très positive sur ton travail qui ne t’es pas inconnue, j’ai confiance en ton avenir. Il ne tient qu’à toi d’acquérir cette confiance en toi et de continuer sur ta lancée sans te préoccuper de contingences matérielles ni des avis de potentiels détracteurs.

-Je te remercie Patrice pour ce que tu fais pour moi et pour tous ces encouragements. Effectivement, maintenant, la balle est dans mon camp. Je vais rappeler Dominique et Jacques Juliet, dès demain. Dis-moi, quand, Philippe et toi, seriez-vous disponibles pour un petit brunch à la maison avant mon arrivée dans votre quartier?

-Si tu es libre en semaine, ça pourrait se faire mercredi en quinze avec grand plaisir.

-Ca marche pour mercredi 28. 11h ça vous va ?

-Ok, 11h mercredi 28. A plus, ciao!

-Ciao, Patrice! Bise à Philippe et encore merci! C’est bon d’avoir des copains aussi attentionnés… »

Je crois que j’ai maintenant les idées un peu plus claires. Je n’en reviens toujours pas de cette opportunité incroyable, mais Patrice m’a décidé à foncer.  21h, aujourd’hui  il est trop tard pour appeler les Juliet, on verra demain matin. Je range mes outils, mon tablier et ferme mon atelier. Après une telle journée, il est temps de rentrer : tout cela m’a donné faim.

A suivre…

10/11/2012

Samedi matin, 9h, il est trop tôt pour appeler les Juliet, alors j’appelle mon banquier pour prendre  rendez-vous. Ce sera mercredi. Mon troisième café à la main, je prépare tous les papiers qu’il me faudra. Je me fais un dossier « Atelier des Epinettes » tout en m’y voyant dans mes meubles : l’atelier d’un côté, l’espace de vie de l’autre. Je n’arrive à penser  qu’à cela et m’étonne encore de cet évènement qui m’aurait paru plus qu’inimaginable il y a encore une semaine.

Faut-il que je sois née sous une bonne étoile ? Je vais finir par croire que le vendredi 13 porte chance : je suis venue au monde de façon pourtant bien difficile… Il est vrai que ma courte vie est jalonnée de rencontres qui les unes après les autres m’ont portée, façonnée et permis de me consacrer  totalement à ma passion jusque pouvoir en vivre.

Je suis toujours surprise de ce parcours : qui aurait misé sur un tel chemin il y a 20 ans quand je faisais les beaux-arts en cours du soir après une journée de boulot pas toujours drôle en supermarché ? Sûrement pas mes parents qui ne voyaient dans ma démarche qu’un caprice de jeune fille, sûrement pas moi qui derrière une forte détermination cachait de profondes interrogations et une confiance en moi le plus souvent grignotée par le doute. Heureusement que le hasard s’en est mêlé ! Est-ce vraiment le hasard, d’ailleurs ?

Je pense qu’au fond de moi brûle une petite flamme qu’aucune tempête ne peut éteindre même quand elle se réduit à quelques braises. Au contraire le déchaînement des éléments la renforce sans pour autant en faire un incendie qui détruirait tout sur son passage. J’ai toujours un pompier qui veille dans un coin de ma tête,  prêt à intervenir et à solliciter du renfort en cas d’alerte.

Aujourd’hui, je ne pourrai jamais remercier Patrice à la hauteur de ce qu’il m’apporte. Il est vrai que notre amitié n’est pas récente : nous avons usé les bancs de la Sorbonne ensemble à l’époque des vaches maigres et des chambres de bonnes  où il était quasi impossible de placer un chevalet. Il a acquis aujourd’hui une vraie reconnaissance dans le milieu artistique contemporain en tant que critique mais aussi en tant que spécialiste féru, extrêmement documenté et toujours aussi passionné.

Retour sur soi, arrêt sur image… il est 10h30, une heure raisonnable un samedi matin pour appeler Dominique et Jacques Juliet. Je compose leur numéro, deux sonneries :

-Jacques Juliet, j’écoute…

-Bonjour, Cécile Freyssinet. Je vous rappelle comme convenu. C’est toujours comme dans un rêve que j’accepte votre incroyable proposition sans même avoir revisité le loft. Je me fie à ma première impression et ai décidé de vous faire confiance.

-Nous en sommes ravis. Avec Dominique, nous n’avons  cessé de nous dire que votre travail était vraiment  enthousiasmant. Françoise Livinec nous a confortés dans cette idée. Nous allons travailler avec notre notaire à un contrat clair qui nous évitera tout malentendu.

-De mon côté j’ai pris rendez-vous à la banque avec mon conseiller financier pour évaluer la démarche et étudier les moyens que je peux mobiliser afin de concrétiser ce projet. Par ailleurs, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vais contacter le notaire familial afin qu’il m’assiste car j’avoue que je n’ai aucune connaissance en matière d’achat immobilier encore moins en ce qui concerne une transaction aussi particulière.

 

- Bien sûr que non, vous avez le droit de vous faire assister. Avant d’entamer tous travaux dans le loft, nous attendrons d’avoir signé un compromis qui nous satisfasse mutuellement. Quand avez-vous rendez-vous à la banque ?

-Mercredi matin dès l’ouverture.

-Notre notaire nous reçoit mardi, on peut se donner rendez-vous jeudi matin au loft pour étudier nos dossiers respectifs. Est-ce que 10h vous conviendrait ?

-Pas de problème, 10h au 18 rue des Epinettes. J’y serai.

-Je vous souhaite un bon week-end. Sortez du rêve, vos qualités d’artiste sont bien réelles et méritent d’être reconnues. C’est dans ce sens que nous souhaitons vous accompagner un bout de chemin.

-Je vous suis vraiment reconnaissante et ne sais comment vous le faire savoir. A jeudi, merci encore!

-Au revoir, à jeudi !

A suivre…

Dans la foulée j’appelle Maître Vasseur et obtient un rendez-vous le mercredi  avant ma rencontre à la banque. Il est assez surpris de ce qui m’arrive et va réfléchir aux clauses d’une telle transaction afin d’assurer mes intérêts. J’ai confiance en Maître Vasseur qui conseille ma famille depuis de nombreuses années. Mes parents s’en sont fait un ami proche. Nos deux familles se sont beaucoup côtoyées*(détailler cette proximité de manière vraisemblable étant donné la distance Paris-  Bretagne) : petite, j’ai souvent joué avec Pierre et Marie, ses enfants. Bien que nous évoluions dans des univers différents, nous sommes restés en contact.

Habituellement le samedi et le dimanche, j’essaye de faire relâche, histoire de garder un rythme de vie qui me permette d’avoir une vie sociale au rythme régulier ; mais aujourd’hui, il faut que j’aille à l’atelier car Brunoy attend sa sculpture. Avec ces évènements, j’ai pris un peu de retard. Tant pis pour mon week-end, de toute façon, je n’avais rien prévu de particulier.

A l’atelier, focalisée sur mon travail, la tension des derniers jours s’estompe. De toute manière, mon ouvrage nécessite une concentration extrême car j’en suis à fignoler les détails et même si les erreurs en art sont souvent utiles, là il me faut les éviter afin de ne pas compromettre des semaines de travail assidu.

Je ne compte pas les heures passées à l’atelier depuis samedi : quatre jours de travail intense, je vais être prête pour la livraison en temps et en heure. Brunoy a prévu une mise place dans le hall de la mairie le vendredi  30 novembre, dans un peu plus de quinze jours,  avec inauguration dans la foulée : petits fours et mondanités… J’avoue que ce n’est pas le moment que je préfère quand il faut s’avaler toutes sortes de banalités et de clichés venant  de personnes qui souvent sont peu ouvertes à l’art. J’essaie de prendre sur moi et je me dis que ce moment sera vite passé au regard de tout le plaisir que j’ai pu prendre à travailler mon œuvre pendant des jours et des jours. Je ne suis pas très douée pour les relations publiques, pourtant il faut en passer par là pour s’offrir des opportunités de travail. Alors, je m’y plie bon gré, mal gré. Et puis, en vieillissant, je m’améliore…

Ce matin, rendez-vous avec Maître Christian Vasseur, mon notaire,  puis à la banque. Christian a pris le temps d’examiner la situation depuis que je l’ai appelé. Il m’assure que je suis sur le coup du siècle et que je ne prends pas grand risque. Quand Dominique et Charles Juliet m’auront présenté le projet définitif, il prendra contact avec eux puis avec leur notaire.

A la banque, c’est un peu plus compliqué. Comme je n’ai pas de revenus réguliers ainsi qu’un salarié et bien que mon compte soit très bien alimenté depuis plusieurs années,  il faut que je puisse produire des preuves de mes commandes à venir. Malgré tout, mon conseiller pense que ma demande sera recevable pour un emprunt de 200 000 €. C’est la première fois dans sa carrière qu’il entend parler d’une telle proposition de mécénat. Lui aussi pense que c’est une chance à saisir de toute urgence, il m’assure qu’il fera tout pour valoriser mon dossier. Je sors de la banque plus confiante qu’en y entrant, si je peaufine mon dossier tout devrait bien se passer.

Ma journée a très bien commencé, je vais m’octroyer un congé exceptionnel en semaine d’autant plus que je ne suis plus en retard sur mon programme. Je ne sais pas si c’est très raisonnable mais je vais faire les boutiques : c’est  bientôt Noël ! Vu ma chance actuelle je vais peut-être découvrir des affaires à faire, qui sait ? Tout d’abord, je m’offre un petit repas au restaurant libanais rue Saint Denis, cela fait des mois que je n’y ai pas mangé : un petit mezzé sera bienvenu.

Rue de Rivoli, je m’abrutis devant des vitrines qui ne m’inspirent aucune envie d’achat, alors je pousse jusqu’au Louvre. Là, je suis sûre de pouvoir me nourrir et prendre du plaisir pendant quelques heures : m’affranchissant des salles où l’affluence est importante je peux me concentrer sur des œuvres plus discrètes. Je termine par un bain de foule dans les nouvelles salles consacrées aux arts de l’orient méditerranéen dans l’empire romain, qui ont ouvert en septembre. Je ne m’y attarde pas car il est difficile d’avoir accès aux œuvres sans être bousculé, j’y reviendrai dans quelques mois quand cet espace ne figurera plus dans l’actualité.

Quand je sors du palais il fait déjà presque nuit, la pyramide et ses bassins sont magnifiés par l’éclairage, la perspective jusqu’à la Défense est toujours aussi impressionnante. J’y tourne le dos et décide de rentrer à pied jusque mon petit studio passage Barrault. Pont du Carrousel, quai Malaquais, rue de Seine,  je longe le jardin du Luxembourg pour rejoindre la rue Gay-Lussac. Rue Claude Bernard, rue Bertholet,  puis je prends les petites rues pour rejoindre la Butte aux Cailles. J’aime me balader à pied dans Paris la nuit, le nez en l’air, les yeux  s’arrêtant de temps à autre sur un intérieur éclairé : j’imagine brièvement la vie des personnes qui y vivent.

Home, sweet home…

Ce soir je me contenterai d’une soupe et d’un peu de fromage avant de me plonger dans la lecture  du dernier roman d’Olivier Adam : « Les lisières ». Hormis les démarches de ce matin, cette journée a été un vrai jour de vacances.

A suivre…

Jeudi 15/11/2012

Ce matin, 5h50,  réveillée par la benne à ordures, je n’ai pu me rendormir. Il faut dire que je suis animée par une certaine fébrilité à l’idée de mon rendez-vous de la matinée avec Dominique et Charles Juliet. Je reste, à certains moments, interdite face à cette opportunité si improbable dans une vie d’artiste. Je vais finir par croire qu’être née un vendredi 13 a une influence positive sur le cours de ma vie. Il n’y a pas loin à ce que j’aille jouer au loto… J’ai du mal à ne pas appeler tout mon carnet d’adresse pour partager ce qui m’arrive. Mais je me raisonne, j’en parlerai quand un contrat sera signé et que j’en saurai plus sur la date de mon emménagement. En attendant, je ronge mon frein.

Après un petit déjeuner façon « english breakfast », je retourne au chaud sous la couette  poursuivre ma plongée dans « Les lisières ». Une petite heure de lecture et je me prépare pour mon rendez-vous. Je vais profiter de mon lever matinal et du temps clément  pour rejoindre le 17ème arrondissement à vélo.

Circuler dans Paris à vélo, n’est pas toujours une mince affaire ni sans danger. Il faut avoir des yeux partout et un sixième sens pour éviter de se faire renverser. Entre les voitures, les bus, les taxis, les camions et les deux-roues motorisés il faut s’accrocher, alors je m’accroche. Malgré les dangers, le vélo c’est aussi la liberté : pas d’horaires, pas de trajet prédéfini, la possibilité de s’arrêter quand on veut où on veut. J’apprécie aussi Paris ainsi : sans trop de contraintes.

9h50, 18 rue des Epinettes, j’accroche mon vélo à la grille. Le jardin semble avoir été un peu nettoyé depuis ma première visite, il y a moins de mauvaises herbes. Je suis en avance, mais je vois de la lumière au travers de la verrière, alors je me risque à frapper.

 

Dominique Juliet m’ouvre.

« -Bonjour Cécile !

-Bonjour Dominique, je suis un peu en avance, mais j’ai vu de la lumière, alors…

-Vous avez bien fait, nous sommes rarement en retard, le quart d’heure français ne nous concerne pas ou plutôt si mais à l’inverse. Entrez et installez-vous. Nous avons rentré la table et les chaises de jardin afin d’être à l’aise pour discuter.

-Bonjour Charles, comment allez-vous ?

- Bien, je vous remercie. Installez-vous. Nous avons apporté une thermos de café. En voulez-vous ?

-Avec plaisir, après ma traversée de Paris à vélo cela me fera grand bien.

- Nous avons été très actif ces derniers jours pour essayer de concrétiser notre projet avec vous. Notre notaire, Maître Weiss, nous a rédigé un projet d’acte qui prend en compte les conditions que nous vous avions évoquées. J’imagine que de votre côté aussi les démarches se sont succédées.

-Oui, j’ai rencontré mon conseiller financier et le notaire, Maître Vasseur, un grand ami de la famille. J’ai une probable acceptation pour un prêt d’un montant de 200 000 € et Maître Vasseur, étonné d’une telle proposition, m’a encouragée à accepter votre offre. J’ai bien conscience qu’elle est exceptionnelle. »

Dominique Juliet sert les cafés.

« -Merci.

- Charles, donne-lui le projet à lire.

-Maître Weiss a trouvé le cadre juridique permettant une transaction telle que je vous l’avais présentée. »

Tout en buvant et appréciant mon café, je me concentre sur le contrat. Les conditions sont bien celles émises vendredi dernier à l’atelier. 250 000 € à la signature, 4 000 € par mois pendant 10 ans, puis le solde ou une nouvelle période de 10 ans de loyer. Le montant total s’élève à 1 210 000 € soit 40 000 € de moins que ce que nous avions évoqué.

« -Vous avez baissé le prix. Y a-t-il une raison ?

-Oui, nous avions un peu surévalué la surface et Maître Weiss avait fait une première évaluation sans voir le loft. Cette fois, il s’est déplacé. Ce que vous avez lu vous semble-t-il un contrat clair ? Les conditions en cas de rupture du contrat vous sont-elles acceptables ?

-A priori, n’étant pas rompue aux affaires, je dirais que c’est un projet en or. Maintenant, j’ai besoin d’être moi-même conseillée avant de m’engager. Me serait-il possible d’avoir un exemplaire de ce projet ?

-Bien sûr ! Dominique, sors le double de ta serviette.

-Tenez Cécile, vous avez tout votre temps pour l’étudier. Nous avons évalué toutes les situations qui pourraient se présenter à nous et Maître Weiss a vraiment fait un gros travail pour les prendre en compte et faire que chaque partie soit protégée. Je pense que votre notaire en conviendra. Au-delà des considérations techniques, nous serons ravis que vous acceptiez car vraiment nous sommes tombés sous le charme de vos qualités artistiques. Là est bien la motivation qui nous guide dans cette transaction, soyez-en assurée.

-Je sais par Patrice Scudellec, votre véritable intérêt pour l’art et suis confiante sur vos motivations. Je suis extrêmement honorée que vous ayez choisi de me soutenir. Cela me met un peu de pression, d’ailleurs. J’essaierai de ne pas vous décevoir, si je décide d’accepter votre offre généreuse.

-Ne vous mettez pas la pression, il s’agit simplement de vous donner les moyens de développer votre art pour qu’il s’épanouisse. Dieu sait qu’il s’épanouit déjà. Charles a rencontré  Françoise Livinec ce week-end et elle est très enthousiaste à l’idée d’exposer  vos œuvres à l’Ecole des filles  cet été. Mais surtout, elle compte sur l’expo à Paris l’hiver prochain dont elle pense qu’elle aura beaucoup de succès. Nous sommes satisfaits que Patrice nous ait présenté votre travail.

-Françoise est toujours très optimiste et cela est très encourageant. C’est très agréable d’avoir affaire à des personnes comme elle qui sont vraiment là pour la promotion des artistes et dont le seul but n’est pas le profit qu’elles pourront en tirer.

-Oui, Françoise fait partie de ces gens dont la motivation est vraiment saine et qui donnent au métier de galeriste toute sa dignité. Nous nous inscrivons vraiment dans cet esprit-là, soyez-en assurée Cécile.

-J’apprécie votre démarche si rare dans le milieu.

-Revenons au loft quelques minutes. Pouvez-vous réfléchir à l’aménagement que vous souhaitez pour nous donner une idée des travaux à entreprendre ? Bien entendu, il ne s’agit pas de le transformer complètement mais plutôt de l’adapter à vos besoins. Nous n’imaginons pas de gros travaux mais plutôt un rafraîchissement de la déco  et une amélioration du coin cuisine et de la salle de bain.

-Vous savez, entrer dans un tel lieu est déjà pour moi un privilège. Je pourrai tout à fait me charger de la décoration, la peinture, ça me connaît.

-Nous tenons à vous transmettre un loft impeccable où vous n’aurez plus qu’à poser vos valises et installer vos outils de travail.

-C’est vraiment gentil à vous. Je ne sais comment vous remercier. Ce lieu me plaît déjà, même si au départ j’avais imaginé rester  dans le sud de Paris.

-Vous verrez, ce quartier a ses atouts. Voulez-vous un autre café ?

-Non, merci. Je vais vous laisser et rentrer prendre rendez-vous avec Maître Vasseur. Ensuite, j’ai du travail à l’atelier. Hier, j’ai pris un jour de congé, j’ai flâné au Louvre et pendant ce temps ma commande pour Brunoy n’a pas avancé. Heureusement qu’il ne me reste plus que quelques ajustements à faire.

- Nous serions enchantés d’assister à l’installation de votre sculpture. Serait-ce possible ?

-Bien sûr. Je vous ferai parvenir un carton d’invitation.

-Cécile, nous attendons avec impatience votre engagement dans le projet. Nous sentons bien que vous y êtes déjà investie mais surtout étudiez bien le contrat.

Sur ces dernières paroles nous nous saluons et je reprends mon vélo, direction l’atelier. J’ai un peu de mal à me concentrer sur la circulation. Alors pour plus de sécurité, je prends les petites rues. Mon cerveau est habité par les échanges que nous venons d’avoir et je nage en plein rêve. Je crois qu’en arrivant à l’atelier, je vais appeler mes parents à qui je n’ai toujours rien dit. Je ne voulais pas les informer avant d’être certaine que le projet pourrait se concrétiser. Le contrat que j’ai lu me semble tout à mon avantage et même si je ne peux à un moment ou un autre l’honorer,  mes arrières sont assurés.

Quelle chance ! Je n’en reviens toujours pas.

A suivre… jeudi 15/11/2012

A l’atelier, je me fais un petit sandwich vite fait et je décroche mon téléphone pour appeler mes parents. C’est ma mère qui répond. Je lui raconte mon histoire sans lui passer les détails, avec un enthousiasme débordant. Ma mère a toujours cru en ma bonne étoile même quand je décourageais de me faire connaître.

Mes parents m’ont inscrite à la M.P.T. aux cours  décentralisés d’arts plastiques des Beaux-arts  de Quimper quand j’avais tellement peu confiance en moi que je ne me trouvais pas de talent particulier. J’aimais dessiner, modeler, découper, coller, associer les couleurs. J’y passais une grande part de mon temps libre.

Dès l’âge de 10 ans, j’ai été encouragée par des professeurs qui  enseignaient les techniques, faisaient découvrir les artistes  tout en  encourageant l’expression de la créativité personnelle. Cela m’a permis d’expérimenter en confiance  et de laisser libre cours à mon imagination. J’ai peu à peu pris confiance et c’est tout naturellement qu’au moment de choisir une orientation j’ai désiré aller vers un bac professionnel design et arts appliqués. Mon père aurait préféré qu’à l’instar de mon frère et de ma sœur je passe d’abord un bac général mais il s’est rangé à l’avis de mes professeures d’arts plastiques du collège et de la MPT. Et surtout, ma mère,  soutenant mordicus mon projet qu’elle trouvait cohérent  du fait de la passion que j’exprimais depuis ma petite enfance,  a fini par le convaincre.  En 1996, j’ai obtenu mon sésame, le baccalauréat, avec mention très bien, ce qui a fait la fierté de mes parents et a rendu un peu jaloux mes camarades de lycée.

Après le bac j’ai intégré l’ISDAT à Toulouse pour passer le diplôme national d’arts plastiques option Arts (volume, peinture, moulage et gravure), tout en présentant la licence en histoire de l’art à l’université. L’ISDAT était une vraie ruche où la création était le moteur des études. J’y ai éprouvé toute sorte de techniques,  j’y ai affirmé ma créativité et mon désir d’être une artiste indépendante. J’ai poursuivi mes études à la Sorbonne à Paris afin d’obtenir un master en enseignement pour pouvoir accéder à des postes de travail salariés et ainsi m’assurer un revenu qui me permette de m’installer dans la vie.

Chanceuse comme je le suis,  j’ai facilement trouvé un poste à la ville de Paris pour assurer les cours d’expression plastique pour adultes (http://www.cours-municipal-d-adultes-cma.cma-paris.org/formations/arts-appliques-et-communication/savoir-de-base-des-arts-appliques/expression-plastique/ ) et des cours pour enfants et adolescents. Un de mes professeurs était ami avec la personne qui assurait ces cours et partait à la retraite. J’avais déjà animé des ateliers d’enfants et d’adultes pendant ma formation par le biais d’une association au Kremlin-Bicêtre ainsi qu’à Toulouse dans une MJC,  ce qui m’a valu d’être recrutée sans difficulté. Cette activité me laissait suffisamment de temps libre pour mes créations que je réalisais à l’espace du  100, Atelier en commun, rue de Charenton dans le 12ème arrondissement où se croisaient une multitude d’artistes utilisant une multitude de techniques (http://www.lecent.fr/html/3-1.html  ). Ce lieu favorise les rencontres et les groupements d’artistes pour organiser des expositions dans des locaux souvent mis à disposition par des associations culturelles. C’est ainsi que j’ai commencé à commercialiser mes travaux sur des petits marchés d’arts de quartier.

Fatiguée de la promiscuité, après plusieurs années de renouvellement de demande d’atelier d’artiste à la ville de Paris, j’ai enfin obtenu mon atelier actuel il y a 5 ans. Ainsi, je pouvais me concentrer sur mes travaux et stocker un certains nombres de productions pour préparer des expositions individuelles. Peu à peu, j’ai fait mon trou dans le sud de Paris, obtenant de modestes commandes. Parallèlement, j’ai gardé des liens avec la Bretagne  et un de mes professeurs à Quimper m’a présenté à Brigitte Laureau qui tient la galerie B de Pont-Aven. Elle avait un trou dans son planning pour m’accueillir sur le mois de mars 2011. De là, les choses se sont enchaînées rapidement, j’ai pu exposer à l’espace culturel André Malraux du Kremlin-Bicêtre en juillet 2011.  Un article dans la feuille de chou municipale présentant  mon exposition  a attiré l’œil de Françoise Livinec qui elle-même habite au Kremlin-Bicêtre. Elle a visité l’expo et m’a contactée pour me rencontrer à l’atelier. Nous avons passé l’après-midi ensemble,  à se présenter  mutuellement et à discourir sur l’actualité artistique parisienne et finistérienne, au fil des théières. Elle a proposé de m’exposer  à l’Ecole des Filles de Huelgoat en juillet 2013 ainsi que dans sa galerie parisienne en mars 2014. Les délais sont longs  avenue Matignon car son calendrier est très chargé.

En attendant j’ai obtenu une nouvelle expo au Conservatoire National des Arts et Métiers rue Saint Martin dans le 3ème  en avril 2012, une autre à L’Espace Icare,  MJC d’Issy-Les-Moulineaux mi- mai  et une expo-vente en novembre  à l’Espace Daumesnil. Mon actualité a été bien chargée cette année et devrait m’apporter d’autres projets. Pour 2013, j’ai une nouvelle expo en février à Pont-Aven à la Galerie B et une autre en Avril à Nantes au Lieu Unique, grâce au directeur du théâtre de Cornouaille qui a joué les intermédiaires avec son collègue directeur du LU.

Du fait de cette activité débordante, j’ai pris, depuis septembre un congé sabbatique et ai abandonné mes cours à la ville de Paris pour me consacrer à mes productions et aux différentes  expositions.

Après ce curriculum vitae de ma vie d’artiste en herbe à mon statut d’artiste confirmé (20 ans d’une vie…), j’en reviens à ma conversation avec ma mère qui souhaite que je lui envoie le plus vite possible des photos du loft. Elle est aussi enthousiaste que moi bien que j’entende en arrière-fond, mon père me dire de faire attention à toutes les clauses du contrat. Je le rassure en l’informant de ma prise de contact avec Christian Vasseur. Son avis  positif sur le projet  le tranquillise et je l’entends dire à ma mère que j’ai bien mérité cette aubaine.

Je rappelle Christian afin de  fixer une rencontre pour étudier le projet et peut-être proposer des modifications si nécessaire. Il m’accueillera chez lui pour un dîner léger samedi soir(17/11) que nous poursuivrons par la lecture du projet.

A suivre…

Samedi  17, le dîner chez Christian et Catherine fut fort sympathique. Déguster un délicieux repas concocté par Catherine, tout en évoquant des souvenirs communs m’a replongée à  l’époque de mon enfance et de mon adolescence. Pierre et Marie, leurs enfants, furent aussi au menu de notre conversation.

Ils mènent chacun leur vie bien remplie à l’autre bout du monde : Pierre en Nouvelle-Zélande et Marie aux Etats-Unis. Ils ont chacun fondé leur famille dans des continents différents. Différents, comme ils le sont l’un de l’autre : Pierre, calme, lunaire, amoureux de la nature et Marie speed, citadine et toujours à l’affut de la dernière nouveauté culturelle.

Ils m’ont bien invitée l’un et l’autre à venir passer quelques jours dans leurs univers respectifs. Ce n’est pas l’envie qui m’en manque, New York pour la vie et  la diversité culturelle ou Rakaia (60 km de Christchurch) pour la proximité des parcs naturels de l’île du sud et leurs paysages extraordinaires. Il y a quelques années je n’en avais pas les moyens, aujourd’hui je les ai mais c’est le temps qu’il me manque. Patience, patience… Tout vient à celui qui sait attendre…

Catherine se plaint de ne pouvoir les avoir à proximité, surtout  maintenant qu’elle est  grand-mère d’un petit garçon de 2 ans Hugo chez Pierre et d’une petite fille de 6 mois, Julia, chez Marie. A Noël prochain, la famille sera réunie à Saint-Paul- de-Vence où Christian et Catherine ont fait restaurer un superbe mas provençal pas très loin de la fondation Maeght. C’est un endroit fabuleux : Catherine fondue de plantes a fait aménager le terrain en un jardin extraordinaire. Pas de piscine contrairement  à beaucoup de villas dans le secteur mais un joli bassin où se meuvent avec grâce quelques carpes koï et de superbes poissons à queue de voile. J’ai de très bons souvenirs de vacances passées dans cet écrin de verdure. J’y suis retournée pour préparer mon mémoire de master ce qui m’a permis d’en profiter pleinement car j’y étais seule au printemps,  au milieu des pépiements d’oiseaux.

Après avoir apprécié une merveilleuse tarte Tatin maison accompagnée d’une lichette de crème fouettée, nous avons étudié très sérieusement le contrat proposé par le notaire des Juliet. Christian n’y a pas trouvé grand-chose à redire si ce n’est qu’il propose de modifier un article concernant les conditions en cas de défaut de ma part afin de m’assurer de ne pas perdre une miette de l’argent que j’aurai déjà investi dans l’affaire. Il prendra contact avec Dominique et Charles Juliet dès lundi puis avec leur notaire. J’ai totalement confiance dans l’appréciation que Christian peut avoir de la situation. Même si ce genre de transaction n’est pas commun, son expérience de notaire sur la place de Paris est largement  reconnue. J’y vais les yeux fermés. Il n’en demeure pas moins que l’avenir n’est pas écrit et que maintenant il faut que mon travail puisse me permettre de faire face à la dépense. Croisons les doigts !

Je ne suis pourtant pas superstitieuse mais je succombe facilement aux expressions populaires.

Pour terminer la soirée nous prenons une petite tisane maison récoltée à Saint-Paul, un pisse-mémé comme l’appelle trivialement ma très chère mère. Christian et Catherine me questionnent sur mon travail et je leur remets le carton d’invitation à l’inauguration de ma sculpture à Brunoy dans quinze jours. Christian n’est pas sûr de pouvoir se libérer mais Catherine m’assure qu’elle viendra avec une amie.

Je les remercie pour leur accueil chaleureux et les précieux conseils de Christian, félicite Catherine pour son merveilleux « petit » dîner, les embrasse à pleines joues et rejoins mon 13ème en taxi.

A suivre…

Lundi 19/11

Je n’ai pas beaucoup été à l’atelier ces derniers temps, toute mon attention portée à l’affaire du siècle. Ce dimanche matin, après un petit déjeuner copieux, je m’y rends pour mettre la dernière touche à la sculpture pour Brunoy.

Je pense que ce soir je pourrai estimer le travail achevé et baptiser mon œuvre. Nommer une sculpture ou un tableau prend pour moi  tout le temps des premières ébauches à la finition. Les mots vont, viennent, reviennent parfois ; puis peu à peu certains s’effacent pour finalement n’en laisser que quatre ou cinq. Quatre ou cinq, c’est encore beaucoup pour faire un choix définitif… Je ne peux décider qu’une fois le travail parfaitement ficelé et il me faut me repencher sur son évolution au cours du temps pour enfin retenir le (ou les) mot(s) qui  désigneront pour toujours  mon ouvrage. Je ne pense pas à ce que cela pourrait évoquer au public mais me centre sur ce que je ressens face à mes créations  selon le sujet,  la(les) forme(s), les matériaux.

A l’atelier, masque sur le nez, lunettes de piscine sur les yeux,  je joue du papier de verre extra-fin pour polir les derniers petits coups de ciseau que j’ai pratiqués dernièrement. C’est assez plaisant car je sais que je touche au but maintenant que j’ai passé le cap de définir que la sculpture est mûre et que je ne la retoucherai plus.

C’est un cap qui n’est pas toujours facile à passer si l’on est perfectionniste. Il y a quelques années, je mettais beaucoup de temps à toujours revenir sur mon travail, aujourd’hui la maturité et l’expérience aidant, je sais mieux déterminer quand j’ai atteint le zénith et qu’il ne faut plus modifier mes travaux.

Je repense aux différentes étapes par lesquelles je suis passée : concevoir le projet,  récupérer  le morceau de bois brut, dégrossir, modeler, affiner, poncer et maintenant polir. Je suis passée d’un morceau de tronc de chêne  d’1m50 de long sur  1m de diamètre à  une sculpture très aérée qui malgré tout se pose dans l’atelier comme ancrée par ses formes cubiques entremêlées. Je pense qu’elle sera d’un bel effet, à Brunoy,  dans le hall du  Pôle des services publics situé au centre commercial « Les Provinciales » où sont installés la mairie annexe, un bureau de poste, le bureau décentralisé de la C.A.F.,  une permanence du trésor public et d’autres services de l’état.

Je ressens vraiment comme un privilège que ma sculpture soit exposée dans un tel lieu, accessible à tous. Qu’elle puisse être touchée, caressée,  qu’au fil du temps elle en porte les marques et vive ainsi une vie sans moi est l’aboutissement de mes centaines d’heures de travail. Peu m’importe que mon nom apparaisse, je préfère que tout un chacun puisse s’approprier l’ouvrage.

Tout en polissant, je déroule  les mots qui me sont venus depuis la première pensée qui a généré ce travail, tel un rouleau de parchemin. Six propositions calligraphiées avec un trait plus appuyé ressortent de la liste : cubes en folie, folie de cubes, méli-mélo cubique, cubimélo, racines cubiques et suite cubique.

Ne reste plus qu’à en choisir une.

Je ne sais pas pourquoi  j’estime le polissage comme la dernière étape du travail alors que le passage à la cire va me donner  encore plusieurs jours  d’activité pour arriver à une jolie patine qui attirera l’œil et la main du passant. Sans doute est-ce parce que l’opération me prend beaucoup de temps et qu’à son terme la sculpture présente sa forme définitive. Et puis, cirer un bois bien lisse est un plaisir, comme des caresses qui me procureront une mémoire sensuelle de ma création. J’aime la patine que la cire donne au chêne.*petite digression entre vernir et sculpter à développer brièvement

13h, je tombe le masque. Dehors le soleil fait mine de montrer quelques rayons obliques de fin d’automne. J’attrape deux bananes et quelques barres au sésame achetées à l’épicerie chinoise, une petite bouteille d’eau, je m’habille et sort  prendre l’air. Le parc de Choisy fera l’affaire, il n’y a pas de vent, un petit pique-nique au soleil me fera du bien.

Quelques lycéens du lycée Claude Monet, tout proche, squattent les bancs mais je me trouve quand même une petite place pour me poser et déguster mon en-cas. J’apprécie d’écouter les discussions et les plaisanteries des jeunes du quartier, ça me rappelle mon adolescence et puis, je n’ai pas de jeunes dans mon entourage qui me permettent de toucher du doigt leur réalité.

Aujourd’hui, je reste seulement à l’écoute mais il m’arrive parfois d’intervenir dans la conversation et de prendre part à leurs échanges. Certains d’ailleurs me reconnaissent et me font un petit signe discret pour me saluer. Aujourd’hui, dans le groupe le plus proche, il s’agit surtout de batifolages et de chamailleries entre filles et garçons.

Moi qui suis le plus souvent seule à l’atelier, cela me fait du bien de rencontrer du monde et de me fondre dans cet univers adolescent. Lors des cours que j’animais à la ville de Paris, je préférais les cours d’enfants et d’ados à ceux des adultes. Les enfants sont très libres dans leur créativité alors que les ados ont besoins qu’on les aide à faire confiance à leur expression première car souvent ils se dévalorisent et veulent abandonner leur travail alors qu’il ne leur manque pas grand-chose pour  finaliser leurs réalisations. Les adultes ont souvent plus de frein à la libre expression et ont souvent du mal à s’échapper de l’original. C’est pour cela que je leur proposais de travailler des sujets à la mode de, sans coller au modèle mais plutôt en choisissant une petite partie du support et en la traitant comme tel ou tel ou tel artiste avec les techniques qui leur convenaient. Le but étant de s’ouvrir à la création, de se donner peu à peu plus de liberté  et de pouvoir en retirer un certain plaisir.

Mes cours me manquent, dans la relation à l’autre et dans la richesse de ce qui s’y partage. Bien qu’ils me libèrent un temps précieux pour mon propre travail, je ne sais pas si après mon année sabbatique, je ne reprendrais pas un temps très partiel, juste quelques heures par semaine pour préserver ce lien social très fécond.

Je passe une partie de l’après-midi le masque sur le nez, puis commence à passer un feutre pour lisser encore chaque ligne de ma « Suite cubique n°1 ». Je crois que je me suis arrêtée sur cette expression qui reflète l’esprit de la sculpture et m’offre la possibilité de décliner le concept que j’ai choisi de traiter dans les temps à venir. J’ai déjà dans la tête des idées tant en volume qu’en deux dimensions. Certaines sont déjà esquissées dans les cartons. Ce pourrait être le thème de l’exposition que je ferais en 2014 dans la galerie parisienne de Françoise Livinec.

Ce soir, je passe la soirée avec une amie, Delphine, que je n’ai pas vue depuis le lycée et qui vient de s’installer à Paris. Elle a rencontré ma mère à Quimper le mois dernier, qui lui a donné mes coordonnées. Je crois qu’elle a trouvé un poste dans la pub dans le groupe Publicis. J’en saurai plus tout à l’heure. On s’est donné rendez-vous à 19h30, au restaurant le Pré verre dans le 5ème arrondissement, rue Thénard.

18h, je passe un coup d’aspi dans l’atelier et je file à l’appart me préparer.

A suivre…

Lundi 19/11/2012

… Suite

Avant de revoir une personne que l’on a perdue de vue, il y a toujours une inquiétude surtout quand la dernière rencontre date d’il y a  plus de 16 ans. Mais hier soir, une alchimie étonnante s’est d’emblée installée, passées les premières minutes des retrouvailles. L’ambiance du Pré Verre se prêtait tout à fait à notre rencontre. Nous n’avons eu aucun mal à nous reconnaître car, physiquement, nous n’avons pas beaucoup changé si ce n’est quelques ridules par-ci, par-là. Delphine est toujours aussi brune, les cheveux longs. Le bleu cristallin de ses yeux saisit toujours autant.

En partageant un délicieux dîner pas chichiteux accompagné d’un bon petit vin, chacune d’entre nous a évoqué son parcours depuis 1996, année de notre baccalauréat.

Delphine a quitté Quimper pour Bordeaux où elle intègre l’ECV (Ecole de Communication Visuelle). Elle en est sortie avec l’équivalent d’un mastère 2 option publicité qui lui a aussitôt permis de se faire embaucher en tant que directrice artistique junior dans l’agence de pub AGGELOS  à Bordeaux, en  2001. Elle y  devient vite la directrice artistique en titre, y  travaille jusqu’en 2008 avant de prendre une année sabbatique pour voyager aux Etats-Unis et au Canada. Au hasard des rencontres, en mars 2009,  elle fait la connaissance d’une fille qui bosse chez Publicis à Toronto. Cette fille lui transmet en première main que le poste de directeur artistique va être à pourvoir. Pas très convaincue parce que pas très sûre de vouloir vivre à Toronto,  Delphine envoie quand même sa candidature. Elle décroche le job et s’installe tous frais payés par l’agence. Elle va piloter de gros projets et c’est ainsi qu’après plus de 4 ans à Toronto, elle obtient  de revenir en France sur un poste similaire.

Côté vie privée, ça n’est pas le top. Au moment de son année sabbatique, elle sortait d’une histoire compliquée. Elle avait besoin de prendre de la distance, même physiquement en avalant les kilomètres. A Toronto, elle a bien eu quelques histoires mais  trop de temps passé à travailler ses projets ont fait fuir les quelques prétendants qu’elle a pu avoir. Son retour en France correspond aussi à un désir de poser les valises et de prendre un peu plus de temps pour vivre.

A ce niveau-là nous avons quelques points communs car moi non plus, contrairement à d’autres connaissances communes dont Delphine me narre les destinées plutôt traditionnelles (couple- enfants-maison- boulot), je ne suis pas installée comme mes parents l’auraient souhaité. Ma vie, je la mène comme je l’entends : je suis indépendante, ce qui ne m’empêche pas d’avoir des aventures. Contrairement à Delphine ce n’est pas un regret de ne pas avoir d’enfant, ni d’être dans une relation de couple durable. Je me sens bien ainsi : libre comme l’air.

Pour lui faire découvrir mon univers, nous finissons la soirée à l’atelier à nous remémorer nos frasques d’adolescentes et les projets que nous pouvions faire à l’époque. A Paris, Delphine se sent un peu perdue. Elle n’a pas envie de restreindre son univers aux gens de la pub, elle souhaiterait plutôt renouer avec ses rêves d’ado : avoir une activité artistique et rencontrer des personnes qui créent.

Elle pose un regard à la fois critique et enthousiaste sur mon travail bien qu’elle ne s’emballe pas pour tout. Elle se dit que c’est agréable d’avoir la satisfaction d’un objet, un travail façonné de ses mains et envisage sérieusement de prendre des cours de dessin, de sculpture ou de modelage. Je lui conseille les cours de la ville de Paris car je peux me débrouiller pour lui trouver une place sans qu’elle soit sur liste d’attente. Peut-être même en cours d’année, si les collègues veulent être sympas.* pour ensuite peut-être intégrer les beaux-arts

Nous finissons par un café et des croissants (au beurre bien sûr en bonnes Bretonnes!),  au petit matin à l’appart, avant que Delphine ne parte au boulot. La journée sera sûrement dure pour elle. Nous n’avons plus 20 ans…

Moi, je vais me coucher, satisfaite d’avoir retrouvé une très bonne amie et renoué une certaine complicité qui ne demande qu’à évoluer.

A suivre…

Mardi 20/11

…suite

Une sonnerie retentit. Le temps que j’émerge de mon sommeil tardif et le répondeur s’est déjà déclenché. Je me lève en hâte et arrive à suspendre le message pour prendre la communication. C’est Delphine, il est 13h, elle est en pause-déjeuner. Depuis la fin de matinée elle est en mode « radar ». Elle voulait prendre de mes nouvelles et s’excuse de m’avoir réveillée. Je la remercie, au contraire, car il était temps pour moi de sortir du lit. Elle a passé une excellente soirée et se montre ravie que l’on ait pu se retrouver après tant d’années, toujours sur la même longueur d’ondes. Je l’assure de la réciproque et lui propose de se retrouver samedi en début d’après-midi. J’ai envie d’aller lui montrer mon prochain lieu de vie. Je lui souhaite « bon courage » pour terminer sa journée.

Me voilà bien réveillée. Ne reste plus qu’à prendre mon petit déjeuner avant de prendre le chemin de l’atelier où je vais m’enivrer de l’odeur de la cire tout en patinant la « suite cubique n°1 ».

Le téléphone sonne à nouveau, c’est Christian Vasseur. Il a eu les Juliet puis a pris contact avec  leur notaire Maître Weiss. Quelques échanges de courriels plus tard,  ils sont tombés d’accord sur le contrat. Date est prise pour signer le compromis : ce sera vendredi 23 novembre à 10h au cabinet de maître Weiss, rue de Charonne dans le 11ème. Cela va vite et en même temps je suis impatiente de pouvoir rentrer dans les lieux et me les approprier.

Du fait des délais liés aux droits de préemption et autres démarches administratives, je ne pourrai y installer mes meubles qu’au plus tôt dans deux mois. Dans ma tête, l’atelier m’appartient déjà. Je n’ai aucun mal à me voir y travailler. Je sais déjà quelles plantes je vais pouvoir mettre au jardin et comment le protéger des regards indiscrets pour pouvoir en profiter lors des beaux jours. Je pense que je peindrai une fresque double face sur panneaux que j’accrocherai à la grille en fer forgé. Vers l’extérieur, j’imagine un jardin exotique ou très stylisé voire  presqu’abstrait;  à l’intérieur un jardin qui donnerait une perspective à l’existant pour agrandir l’espace de verdure.

Je vais poursuivre mes rêveries à l’atelier tout en appliquant délicatement la cire sur ma sculpture. Cette étape ne demande pas tellement d’attention, juste de la délicatesse pour ne pas surcharger  de cire certains endroits plus que d’autres.

Ayant bien rêvé mon futur atelier, bien ciré la « suite cubique n°1 », je me plonge dans les croquis et esquisses pour décider des travaux qui porteront les numéros suivants. Je crois que je vais mêler peintures et sculptures, peut-être aussi des collages. Je ne sais pas encore si je vais rester dans une unité de couleur ou si l’unité de formes permettra au contraire une explosion des couleurs. Mes travaux d’approches sont tous au crayon, au fusain ou à l’encre de chine. Cela donne une certaine harmonie d’ensemble. Peut-être pourrais-je en parler avec  Patrice et Philippe ou avec Delphine quand j’aurai approfondi mes projets ? J’aime bien le regard ingénu  de Philippe et celui plus acéré de Patrice, mais il faut d’abord que j’avance dans mon travail.

Je retiens l’esquisse,  au fusain, d’une petite figure que je pourrai réaliser en fil de fer. J’aime alterner les matières, les rythmes : passer d’une  grande œuvre de longue haleine à un travail rapide et concis. D’autres sujets retiennent mon attention : certains à réaliser en trois dimensions, d’autres  qui pourront faire l’objet de toiles en peinture ou collage ou en techniques mixtes. J’aime aussi quand la 3D vient animer la 2D.

Reprendre ces croquis me stimule, il faut que je m’y mette. Je décide d’aller faire un saut au magasin Le Géant des Beaux-Arts de la rue Vergniaud, avant la fermeture, pour acheter mon fil car je n’en ai plus que de trop petites chutes. Or pour la « suite cubique » suivante il me faut la réaliser d’un seul tenant. Je lui ferai un petit socle en fer blanc posé sur des pieds en métal plus lourd qui la lesteront. Je veux démarrer ce soir…

Je saute sur mon vélo, comme cela je serai plus vite au magasin car il ferme dans vingt minutes. Quelle chance d’avoir ce magasin si près. Quand j’aurai émigré dans le 17ème je serai moins bien lotie. Je me ferais peut-être livrer, si j’en ai les moyens. Allez,  je file.

A suivre…

Un sandwich vite fait et je me mets au travail.  Je passe ma soirée  à réaliser le cube-modèle en bois, de 3cm d’arête ni trop anguleux, ni trop arrondi, qui me permettra dès demain, de modeler mon fil de façon régulière. L’intérêt de cette « suite cubique n°2 » c’est la répétition des formes qui s’inscrit dans un espace cubique de 27 cm d’arête. Je ne sais pas encore comment je l’orienterai dans l’espace, en respectant la verticalité et l’horizontalité de l’hexaèdre ou en jouant sur l’oblique : cela se jouera au moment de fixer la sculpture sur son socle. Avant cela, j’ai quelques heures de boulot de précision : il ne faut pas perdre le fil !

Il est déjà 23h, l’heure de rentrer à l’appart. Quelques coups de pédales plus tard : j’y suis.

Tiens, deux messages sur le répondeur : ma mère qui veut savoir où j’en suis de cette histoire de loft-atelier et Philippe en quête de la même information. A l’un comme à l’autre j’envoie un rapide courriel avant de me prendre un bon bain relaxant. Juste avant de me coucher, ça me délasse. Une petite tisane « nuit tranquille » bio et je serai parée pour lire quelques pages d’un bon polar de Camilla Läckberg « la princesse de glace ».

Sans mes quelques pages de lecture, je suis incapable de m’endormir. C’est un virus que j’ai attrapé dès que j’ai su lire peut-être même auparavant quand mes parents me racontaient une histoire chaque soir au coucher, s’il n’était pas trop tardif. J’aime surtout lire des romans, rarement des récits et jamais de poésie au lit. La poésie, c’est le matin après le petit déjeuner à la place de la cigarette que j’ai bannie depuis 2007. Je m’en porte bien mieux.

La semaine se passe à l’atelier entre modelage de fil de fer et reprise d’esquisse sur toile pour une autre « suite cubique ». Jeudi soir, avant d’aller au cinéma, Véronique est passée me prendre à l’atelier. Cela faisait quelques mois que nous ne nous étions pas vues. Elle donne des cours de poterie-modelage pour la ville de Paris. Nous nous sommes connues alors que nos salles de cours étaient mitoyennes. Véro a vingt ans de plus que moi mais nous nous entendons très bien. Elle m’a un peu coachée lorsque j’ai démarré mes cours en 2001, cela faisait plus de 10 ans qu’elle était salariée de la ville de Paris. J’ai eu un peu de mal au début à dérouler le fil dans les arcanes de l’administration. Pour obtenir du matériel pour les élèves c’était d’un compliqué…Il fallait tout anticiper car cela prenait au moins un mois pour obtenir le moindre crayon, la moindre feuille de papier. C’était pas mal d’avoir quelqu’un d’expérience pour me guider. Et puis nous avons sympathisé, elle m’a tout d’abord invitée dans son atelier. Véro fait surtout du portrait en terre crue ou en terre vernissée.

Hier soir, elle a découvert mes premières « suites cubiques » avec enthousiasme. Je l’ai invité à l’installation de la première à Brunoy.

En attendant, on a passé une bonne soirée ciné suivie d’un petit resto turc qui ne fait pas que du kebab mais de la cuisine traditionnelle. Nous avons terminé le repas par de délicieux baklavas : du saute-aux-fesses garantis 100% pur sucre.

Encore une petite soirée sympa, c’est bon d’avoir des amis…  jeudi 22/11/2012

A suivre…

Vendredi 23/11

…suite

Ce matin il n’est pas question de traîner au lit, c’est grand jour pour moi : la signature du compromis pour le loft de la rue des Epinettes. Je sais bien que ce n’est qu’un compromis et qu’ensuite il faut que j’obtienne mon crédit pour que cela se concrétise mais j’ai le sentiment que cela signe un tournant dans ma vie. Jusqu’à ce jour, je n’ai possédé que de petits bien matériels et là, je franchis la première marche pour devenir propriétaire à la fois de mon toit et de mon lieu de travail. C’est un peu comme une installation dans la vie, alors que mon univers d’artiste était plutôt précaire : boulot à temps partiel, vente d’une œuvre par-ci, par-là. Aujourd’hui j’obtiens des expos dans des lieux reconnus, je reçois des commandes publiques et là je vais avoir mon lieu à moi que je pourrai façonner à mon goût. Cela ressemble encore à un rêve. Je me dis que je suis née sous une bonne étoile et qu’une petite fée bienveillante me protège et me stimule.

Pas le temps de lire mes petites pages de poésie, je déjeune et me prépare. Il pleut ce matin, il va donc falloir que je prenne le bus car j’ai horreur du métro, il n’est donc pas question de lambiner : le bus, ça va moins vite que le vélo. Pour être à 10h chez maître Weiss, il faut au moins que je parte à 9h car à cette heure-ci le trafic est dense. Je préfère me laisser un peu de marge. Si j’arrive trop tôt j’irai boire un café, je n’aime pas être à la bourre.

J’ai bien fait de partir tôt car la circulation n’est pas vraiment fluide, même si maintenant les couloirs de bus sont mieux respectés, il n’en est pas moins qu’aux différents carrefours il faut prendre son tour feu rouge après feu rouge. J’arrive boulevard Voltaire à 9h45, juste le temps de prendre un petit café au coin de la rue de Charonne, avant de monter au 1er étage du n°94. Je sonne et j’entre dans l’étude de Maître Weiss où je suis accueillie par une charmante secrétaire. Elle me fait d’emblée entrer dans le bureau où se trouvent déjà maître Vasseur, Mr et Mme Juliet. Maître Weiss me salue d’un : « voilà l’artiste chanceuse ! » tout en me serrant la main. Je  salue à mon tour les Juliet et embrasse Christian.

Alors commence la lecture du compromis assorti de toutes les clauses garantissant chacune des parties. Le langage utilisé donne un côté cérémonial et officiel à ce moment. Comme je fais entièrement confiance à mon notaire qui a participé à la rédaction de cet acte et vérifié tous les articles, je n’écoute que d’une oreille. Mr et Mme Juliet présentent leurs pièces d’identité et signent le compromis. Bien que ma carte d’identité soit bien préparée, je tremble au moment de la sortir de mon sac et de la présenter. L’émotion m’étreint au moment de signer : c’est un moment fort.

Mme Juliet me félicite et m’assure que tout se déroulera bien. Je pense effectivement ne pas avoir de problème pour obtenir mon crédit alors pourtant que les banques sont assez frileuses en ce moment. 200 000 € ce n’est pas rien bien qu’à Paris ce soit un petit prêt au vu du prix des logements.

Maître Weiss nous offre un café et quelques spéculos pour fêter cette signature. Jacques et Dominique Juliet nous invite Christian et moi à venir au loft  où ils ont prévu un petit brunch pour célébrer cet accord dont ils sont heureux. La plus heureuse ici, je crois que c’est moi et j’accepte avec enthousiasme leur proposition, ravie que Christian puisse nous accompagner. Nous prenons le taxi pour la rue des Epinettes où nous arrivons une demi-heure plus tard car le trafic s’est fluidifié.

Christian Vasseur est d’emblée sous le charme du petit jardinet et s’extasie devant la porte art-déco de l’atelier. Jacques et Dominique me donne la clé pour ouvrir la porte et pénétrer dans mon futur atelier qu’ils m’attribuent déjà.

Une table est installée  sur laquelle nous attendent de jolies viennoiseries et autres mets que Dominique et Jacques ont fait livrer ce matin. Nous faisons le tour du loft et j’explique les aménagements que j’y vois. Je pense que pour mon confort de vie, il faut bien séparer l’atelier de la partie vie pour éviter les poussières, odeurs et autres désagréments : ce que n’avait pas souhaité le locataire précédent qui ne travaillait qu’à l’acrylique.

« Faites-nous un plan » me propose Jacques.

- Il est déjà plus ou moins  fait mais je préfère attendre l’acceptation définitive de mon emprunt avant de vous le présenter.

-Oui, vous avez raison, n’allons pas trop vite. »

 

Christian est sous le charme du lieu et voit bien comment je vais pouvoir poursuivre mon travail qu’il trouve de plus en plus consistant. D’avoir un atelier à moi, de cette surface, me permettra, selon lui, de créer en toute liberté et de faire connaître mon travail qui mérite une certaine notoriété.

Dominique insiste sur mon inventivité et la diversité des techniques que j’exploite pour affirmer qu’ils ont pleine confiance sur la place que je vais pouvoir prendre dans le monde de l’art contemporain. Mal à l’aise, je suis bien sûr flattée de cette confiance et les remercie vivement.

Notre brunch se poursuit sur le thème de l’art que Christian pourtant très pris par son travail, suit de près car Catherine son épouse  en est férue, tant d’art pictural, de sculpture, de littérature, de théâtre ou de culture en général. Les échanges sont fort intéressants et une certaine proximité s’installe entre les Juliet et Christian.

 

Il doit s’échapper pour rejoindre son cabinet et assurer ses rendez-vous de l’après-midi. J’aide Dominique et Jacques à débarrasser et nettoyer. Nous discutons quelques minutes encore : Jacques me propose de garder un double des clefs pour prendre les mesures et faire mon plan d’aménagement. Comme cela, dès que le prêt me sera officiellement accordé, ils pourront lancer les travaux. Je propose à nouveau de les prendre à ma charge mais je reçois un refus catégorique.

Ils me proposent de partager leur taxi jusqu’à Denfert-Rochereau, d’où je décide de rentrer à pied jusqu’à l’atelier. Mon compromis dans le sac, je suis comme sur un nuage, me demandant encore si je rêve ou si c’est bien la réalité.

…Suite

A l’atelier, je commence par appeler mes parents :

« Allo Papa !

-ah, Cécile, on attendait ton coup de fil. Comment ça s’est passé ?

-Très bien Papa. J’ai encore du mal à réaliser que je vais devenir propriétaire dans ces conditions si favorables. Dominique et Jacques Juliet ont encore refusé ma proposition de prendre en charge les travaux d’aménagement.

-Ecoute ma fille, c’est une opportunité improbable qui s’offre à toi, saisis-là !

-J’ai l’impression de vivre un rêve éveillé.

-Bon, dis-moi, Christian était bien là ?

-Oui, il est même venu ensuite avec Dominique et Jacques jusqu’au loft prendre un brunch. Il a trouvé le lieu très agréable et surtout très adapté à mon activité. La discussion pendant le brunch s’est, tu t’en doutes, portée sur les arts.

-Dis-moi, Cécile, est-ce que tu pourrais nous montrer ton compromis ? Maman et moi, à distance, avons du mal à appréhender ta réalité. Pourrais-tu aussi nous envoyer des photos ?

-Comment ? Tu en veux une photocopie ? Ou peut-être que je peux le scanner et te l’envoyer par mail ? Christian en a peut-être une version numérique ? Je vais voir avec lui.

- Comme tu veux et surtout comme cela te prendra le moins de temps.

-Je vais envoyer un mail à Christian ce soir. Et demain, je vais rue des Epinettes avec Delphine le Pape. Les Juliet m’ont laissé les clefs pour prendre les mesures et affiner mon plan d’aménagement que je leur remettrai dès que la banque m’aura accordé le crédit. Du coup, je vais en profiter pour faire des photos que je vous les enverrai demain soir ou dimanche. Maman n’est pas là ? Elle travaille aujourd’hui ?

-Oui, il lui tarde d’être à la retraite. Ca y est, elle connaît sa date de départ : en juin prochain, elle sera libérée et nous pourrons vivre à notre guise.

-Oh, c’est super ! Vous pourrez venir à Paris plus souvent…

-Peut-être que l’on viendra, dès que tu seras installée dans ton nouvel appartement. Et puis il nous tarde de voir sur quoi tu travailles.

-Je prépare l’expo de l’été prochain à l’Ecole des filles de Huelgoat. Je suis partie d’esquisses que j’avais faites il y a déjà quelques temps avant d’entreprendre la sculpture pour la ville de Brunoy. Le thème de l’expo sera « le cube » sous toutes ses coutures. La sculpture de Brunoy, je l’ai nommée « suite cubique n°1 ». Là, je travaille sur une petite sculpture en fil de métal. Je vous envoie très bientôt des photos.

-La sculpture pour Brunoy est très belle, on a envie de la toucher.

-Dommage que vous ne puissiez pas venir pour la mise en place. Vous en êtes sûr ? Vous pourriez faire un saut pour le week-end, Maman pourrait prendre son vendredi, non ?

-Je revois ça avec elle et nous te tenons au courant. Bon, Cécile, ce n’est pas que je m’ennuie avec toi mais j’ai rendez-vous chez le cardio dans ¾ d’heure, il faut que je me prépare.

-Je t’embrasse papa et tu bises Maman pour moi. A très bientôt !

-Je t’embrasse ma fille. Pense à appeler ton frère et ta sœur de temps en temps !

-Ok, ciao !

 

Parfois, j’aimerais être plus proche de mes parents. Après les avoir eu au téléphone, j’ai souvent un coup de blues. J’aime bien les appeler de l’atelier, comme cela je peux ensuite me centrer sur un travail, ce qui évacue très vite le blues.

Je m’y colle. Il faut que je détermine comment je fixe ma « suite cubique n°2 » sur son socle. Je n’ai toujours pas décidé si je la disposais à l’oblique ou en respectant les lignes horizontales et verticales. Je teste…

L’oblique donne une impression de légèreté et de mouvement alors que l’horizontale donne une impression de lourdeur et d’enracinement dans le sol. Je prends des photos des deux possibilités pour pouvoir avec un peu de distance me déterminer. Je regarderai cela sur l’ordi à l’appart ce soir.

Je me plonge dans la réalisation de la toile en cours, peut-être la « suite cubique n°3 » si je décide de l’appeler ainsi : collage et peinture au couteau. Pour ce tableau, j’ai décidé de rester dans les tons noir, blanc, gris avec des gris colorés froids et des noirs plutôt chauds. Je travaille jusqu’à 20h sans relâche. C’est la faim qui m’oblige à m’arrêter. Je n’ai rien dans le frigo, il faut que je rentre à l’appartement.

Un dernier regard à la toile en cours et je ferme l’atelier. Je me dépêche de rentrer car la pluie continue de tomber. C’est vraiment un jour de novembre !

L’atelier 19

Samedi 24/11

Ce matin, même si c’est samedi, je vais aller faire un tour à l’atelier. J’ai dit à Papa que je lui enverrai des photos: il faut déjà que je les fasse. Je déjeune vite fait et je file à vélo, l’ordi dans le panier. A l’atelier, j’arrive à capter une borne WiFi libre avec suffisamment de débit pour envoyer des photos. En fait, je me suis arrangée avec un locataire de l’immeuble qui m’a ouvert sa connexion: sympa!

La lumière est belle ce matin, je reprends des clichés de la suite cubique n°1. Hier, j’ai suspendu la n°2 au plafond pour voir ce que cela donnait si je la présentais comme un losange et j’avoue que j’aime assez. Elle semble plus libre et plus légère que quand je la positionne comme un cube. Hier soir, j’ai scruté les photos que j’en avais fait et je me suis arrêtée sur cette configuration mettant en avant les obliques.

Je cadre les esquisses des prochaines suites cubiques et la toile en cours. Je pense que mes parents auront ainsi, un aperçu de ma démarche. Avant de leur faire passer les photos, je veux fixer la « suite cubique n°2″ sur son socle. Posé sur une tablette réglable en hauteur, je peux amener le socle au contact du point d’accroche. Après avoir sorti fer à souder, baguette de métal et masque, j’ouvre la fenêtre et je m’y mets délicatement. Il ne faut pas que la soudure soit grossière. En quelques minutes le travail est fait: c’est définitif, l’œuvre est achevée. J’attends que la soudure refroidisse pour placer la sculpture dans un endroit de l’atelier où elle sera mise en valeur afin de la photographier. J’aime prendre moi-même les photos qui figureront  sur le catalogue des expos et surtout dans mon book. Je tire plusieurs photos sur des fonds différents car je n’ai toujours pas décidé si mes suites cubiques prendront de la couleur ou resteront dans les tons noir, blanc, gris. J’attends d’en discuter avec Patrice mercredi. J’en échangerai aussi avec Delphine et Françoise Livinec. Véro m’a déjà donné son point de vue: elle penche plutôt pour le noir-blanc-gris et propose de mettre une seule œuvre en couleur pour rehausser l’ensemble. Je n’y avais pas pensé. Pour moi, si je choisis la couleur ce sera comme un foisonnement de coloris, un  feu d’artifice. J’avoue que l’idée de Véro me plaît bien. Parfois, j’ai une idée très arrêtée de mes travaux et d’autres fois j’ai besoin de consulter des personnes qui me sont proches pour ajuster mes choix. Ce n’est pas par manque de confiance mais plus pour m’ouvrir des pistes de réflexion et sortir un peu de mon univers personnel.

Je me fais un petit thé rooibos et envoie un courriel à mes parents. Je les sollicite pour qu’ils viennent à l’installation et à l’inauguration de Brunoy car j’aimerai partager ce moment avec eux.

Hier soir, j’ai oublié de contacter Christian Vasseur pour s’avoir s’il pouvait me faire parvenir un exemplaire numérique du contrat de l’appart pour mon père. Je lui envoie un mail en lui donnant des nouvelles de mes parents qu’il n’a pas vu depuis quelques temps.

J’ai à peine fini et envoyé mon message que mon portable sonne. C’est ma mère, elle vient de lire mon courriel et de regarder les photos et elle est très enthousiaste. Elle apprécie tout particulièrement la petite sculpture qu’elle trouve très fine et très aérienne. Cela me fait plaisir car c’était le but de ma démarche qu’une grande légèreté se dégage de cette œuvre. A la question « vont-ils pouvoir venir vendredi à l’inauguration de Brunoy? » elle me répond affirmativement, ce qui me réjouit. Elle prendra deux jours: ils arriveront jeudi après-midi à la gare. Elle vient de réserver les billets de train par Internet. Je n’hurle pas dans le téléphone mais lui fais savoir ma joie à les accueillir dans ces circonstances si importantes pour moi. Je serai à la gare à 14h30, jeudi. Je demande des nouvelles de la visite de Papa chez le cardiologue: visite de routine, rien n’a changé. Cela va bien, son traitement reste identique et les recommandations sont toujours les mêmes. Maman me dit qu’il lui tarde d’être à la retraite car Papa est démangé par l’envie de bouger. Il envisage même d’acheter un camping-car pour être plus mobile. Maman a plutôt envie de pouvoir se poser avant d’envisager autre chose. Elle est fatiguée par son boulot dans lequel on ne ménage pas les séniors. La prise en compte de l’expérience, des conditions de travail nécessaires au rythme des séniors sont bien loin des préoccupations des jeunes cadres aux dents longues, comme elle dit. Elle sent plus précisément un souhait que les anciens « dégagent » au plus vite et qu’ils « dérangent avec leur expérience ».

Je lui dis de tenir le choc et que si c’est trop dur qu’elle n’hésite pas à aller voir son médecin: il ne faut pas non plus s’user au travail ni s’en rendre malade. Elle m’explique qu’elle aurait l’impression de déserter, de quitter le navire alors qu’elle lutte pour le maintien d’une certaine cohérence et surtout pour pérenniser un cadre de travail où chacun peut rester créatif.

Ma mère travaille dans un petit service médico-social en tant qu’ergothérapeute auprès d’enfants et d’adolescents ayant un handicap moteur. Sa directrice adjointe vient de changer: elle est la plus jeune du service et est un véritable ouragan. Elle déborde d’énergie et voudrait tout changer sans prendre en compte l’existant ni la démarche professionnelle qui l’a construit. L’équipe n’est pas  prête à cela et résiste tant bien que mal au fait qu’il faille toujours tout argumenter et que, même avec des arguments en béton armé il soit difficile d’obtenir gain de cause face à une personne qui a ses idées et qui veut les imposer. Cette jeune femme ambitieuse vient du terrain, elle était ergothérapeute comme Maman, elle n’a aucune expérience de la gestion d’une équipe ni de formation à cette fonction. Ma mère me dit que ce n’est pas aux vieux singes qu’on apprend à faire la grimace mais elle est préoccupée pour ses autres collègues qui ont encore de longues années de travail devant eux.

Cela fait longtemps que Maman ne m’avait pas parlé de ses ressentis au travail et je suis touchée qu’elle se confie ainsi. Je la quitte en la remerciant vivement pour leur venue prochaine à la capitale et lui redis ma hâte à les accueillir jeudi.

L’atelier 20 samedi 24/11

Il est déjà midi.

A peine raccroché et posé, le téléphone résonne: un SMS de Delphine. Nous n’avons pas fixé de lieu de rendez-vous pour aller au loft des Epinettes. Je lui renvoie un message en lui donnant rendez-vous à 14h, place de Clichy, au café à l’angle de l’avenue de Clichy et de la rue Caulaincourt. Aussitôt, je reçois un « OK » de confirmation.

Sur ma boîte mail, Christian m’a répondu en envoyant le fichier Word du contrat que j’envoie illico presto à mon père. Christian, dans son mail, me félicite pour cette location-accession et a été très content de travailler avec maître Weiss sur ce dossier. Je le remercie et lui promets de le rétribuer d’une manière ou d’une autre: tout travail mérite salaire. Je lui propose de lui faire un tableau ou une petite sculpture sur le thème de son choix.

J’arrive place de Clichy vers 13h, ce qui me laisse le temps de prendre un plat du jour: une excellente blanquette de veau avec des pommes-vapeurs. Delphine arrive en avance et nous prenons un café ensemble avant de rejoindre la rue des Epinettes. Je n’ai pas oublié l’appareil photo, ni mon mètre mesureur, ni mon petit carnet. J’en profiterai pour prendre toutes les cotes afin de poser sur papier le plan d’aménagement du loft que j’ai dans la tête.

Heureusement que le temps s’est éclairci par rapport à hier, j’arriverai ainsi à avoir des photos suffisamment lumineuses pour donner à mes parents un aperçu le plus réaliste possible des lieux avant qu’ils ne le voient le week-end prochain.

Delphine, en découvrant la grille, le petit jardin, la porte art-déco et la verrière tombe déjà sous le charme du lieu. Je lui suggère d’ouvrir elle-même la porte et de jeter un premier coup d’œil avant que nous n’entrions dans l’appartement. Sa réaction est immédiate:

 » -Quelle lumière! Quel espace! Tout ce qu’il faut pour un atelier d’artiste. Tu vas pouvoir vraiment t’installer et diviser l’espace pour avoir un lieu de vie très agréable et un atelier de belle taille. Raconte un peu comment tu veux aménager.

- Je veux un atelier fermé pour protéger mon espace de vie des poussières et des odeurs mais en même temps j’imagine garder une communication visuelle entre les deux lieux, pour ne pas perdre l’esprit loft. Alors, je pense qu’une vitre de même style que les verrières pourrait répondre à cela. Qu’en penses-tu?

- Effectivement, tu garderais l’esprit du lieu tout en ayant deux espaces bien distincts. Maintenant, il faut que tu sois sûre  de vouloir garder ce lien entre vie professionnelle et vie personnelle.

- C’est vrai. Je pourrai toujours masquer les vitres par un rideau ou un store si jamais je veux me couper de mon boulot. Je suis gênée d’engager des travaux importants car les Juliet ne veulent pas de ma participation financière. Pourtant, quitte à faire des travaux autant que ce soit pérenne.

- Peut-être que tu vas pouvoir négocier un apport si tes demandes atteignent un budget trop conséquent?

- A voir… Hormis la verrière, les dépenses pour l’atelier seront assez minimes: un point d’eau essentiel, des prises électriques pour brancher mes outils et des placards pour ranger mon matos. J’ai déjà mon établi et mes tableaux muraux pour accrocher les petits outils. Je pense ne rien avoir oublié.

- Idyllique cet espace de travail! Je crois que si je m’y remets je te solliciterai de temps en temps pour  squatter ton atelier les week-ends.

- Pourquoi pas? Si tu n’arrives pas trop tôt pour que je puisse faire mes grasses mat’.

- Bon, passons à l’espace de vie. Comment l’envisages-tu?

- Un grand salon-séjour-cuisine très lumineux et un espace nuit avec deux chambres et une salle de bain. Ainsi, je pourrai recevoir famille et amis. J’aurai pu, égoïstement avoir une très grande chambre avec dressing et grande salle de bain mais je préfère pouvoir recevoir confortablement du monde. Dormir dans le salon n’est jamais très agréable. Ca va pour une nuit ou deux mais au-delà cela devient gênant pour une bonne cohabitation. Je pense qu’il y a suffisamment d’espace pour y mettre de grands placards ce qui évitera de m’encombrer de meubles. Je vais faire appel à France 5 et leur émission « La maison france5″ pour faire cet aménagement ou l’aménagement de l’entrée du loft… c’est ma sœur qui m’en a parlé et pourquoi pas essayer? Ca peut être rigolo. Tu connais l’émission?

-Oui, il y a deux architectes d’intérieur qui te propose chacune un projet et tu choisis. J’aime bien regarder cette émission, ça donne des idées.

- Je ne l’ai jamais vue car je n’ai pas la télé. Je préfère écouter de la musique ou la radio. Je trouve que l’image capte trop l’attention et  empêche parfois le recul nécessaire à la pensée. Et puis je suis tout le temps dans le visuel, ça fait du bien de déconnecter par moment. Finalement, participer à cette émission est peut-être une idée à retenir?

- J’imagine que tu veux faire ton côté nuit à l’opposé des verrières?

- Oui, je réserve la verrière pour éclairer l’espace salon-salle à manger-cuisine. J’ai un peu peur de la consommation électrique pour chauffer l’hiver car la verrière est vraiment ancienne et bien sûr en simple vitrage Jacques et Dominique avait fait installer un chauffage au sol avec pompe à chaleur que tu as pu voir au jardin. Ils m’ont dit que c’était relativement économique mais que quand il faisait très froid il fallait un moyen de chauffe complémentaire. C’est pour cela qu’il y a un poêle.

-Il faudrait que tu en aies un aussi dans l’atelier. Tu arrives à imaginer tes meubles ici?

- Oh oui! Je ne vais pas me lancer dans des frais supplémentaires, il faut déjà que je voie comment je m’en sors du prêt, du loyer et des charges. Peut-être faudra-t-il que je chine un ou deux fauteuils pour adapter le salon à l’espace? Je vais déjà demander aux Juliet d’aménager l’atelier, la cuisine et la salle de bain. Pour le reste, les chambres et l’entrée mon père pourra peut-être me filer un coup de main. Je ne perds pas de vue cette idée de France5. Je ne veux pas que les Juliet aient trop de frais étant donné l’opportunité qu’ils m’offrent déjà.

- C’est vrai qu’on ne peut pas rêver mieux à Paris en 2012. Tu dois être née sous une bonne étoile* peut-être changer d’expression. Te rends-tu compte? D’ici le mois de février tu seras ici chez toi? Un rêve à Paris!

- Après l’installation de l’expo à la galerie B de Pont-Aven, je pendrai la crémaillère: ce sera la grosse fiesta. Bon, il faut que je fasse des photos et que je prenne des mesures pour réaliser mon plan. Tu vas m’aider. A deux, c’est plus facile de déterminer les espaces et de mesurer.  »

Je divise l’appartement en deux: l’atelier d’un côté, mon espace de vie de l’autre. Dans l’appartement: une entrée qui dessert l’atelier et le loft; dans l’espace de vie: un salon-salle à manger-cuisine, deux chambres au fond et une salle de bain entre les deux.

Dans l’atelier: un point d’eau, un immense placard, un établi en coin, un  bureau et un grand espace que je pourrai moduler à mon aise, selon les travaux en cours.

Delphine m’aide à définir les différents coins et recoins. Cela sonne comme un jeu pour elle. Pour moi, je commence à m’approprier les lieux et à imaginer l’espace idéal dans lequel je souhaite évoluer. Le fait de poser sur papier le plan me rend plus palpable la réalité de ce que je vis actuellement, bien que je ne sois en rien assurée que les Juliet acceptent mon plan. Finalement l’idée d’une séparation vitrée entre atelier et loft tombe d’elle-même car la seule possibilité sera de la faire dans le coin cuisine et cela en rendrait l’espace peu fonctionnel. Et puis, deux espaces séparés c’est très bien pour trouver un équilibre entre  vie professionnelle et  vie privée.

« - Je vais contacter mon ami Romain qui est archi pour qu’il reporte mon projet sur un plan en bonne et due forme.

- Qu’est-ce que tu connais comme monde, Cécile!

- Romain, je l’ai connu en 2000 dans une soirée avec des amis de la Sorbonne. Nous sommes restés en contact depuis. Il est marié, a deux enfants mais est resté le même malgré la superbe réussite du cabinet d’architectes qu’il a monté avec un pote de promo. Nous nous entendons vraiment bien avec sa femme Céline aussi. Nous partageons l’amour de la montagne et avons fait plusieurs séjours ensemble dans les Alpes. Léa et Mathis, leurs deux enfants de sept et cinq ans sont adorables et très bien éduqués. Céline est éducatrice de jeunes enfants dans un centre qui accueille des jeunes mères dans le XIème.

-J’ai un pote comme ça mais il vit à Bordeaux alors nous nous voyons de moins en moins. Le fait d’être partie au Canada m’a un peu coupée de mes amis. Certains sont venus à Toronto, mais la distance a fait son travail. Depuis que je suis rentrée en France, je n’ose pas reprendre contact. J’ai peur de ne pas retrouver les gens tels que je les connaissais et de me retrouver en décalage: beaucoup sont aujourd’hui installés en couple.

-Tu devrais donner signe de vie et tu verras bien qui te réponds et comment se passent les retrouvailles. Regarde-nous! Seize ans sans se voir et une complicité qui renaît. On ne peut pas présager du devenir des relations amicales.

-Tu as raison, et puis le tri peut être vite fait. Il faut « juste » que je sorte de ma réserve: plus facile à dire qu’à  faire.

Dis-donc, je crois que nous avons plus qu’esquissé ton plan d’aménagement, non? Je t’invite chez moi pour l’apéro et ensuite on pourra se faire un petit resto sympa, il y en a quelques-uns dans le quartier. Qu’en penses-tu?

-OK. Merci pour ton aide précieuse cet après-midi. »

 

L’atelier 21

Dimanche 25/11

La soirée avec Delphine a été très agréable. Nous nous sommes pris un petit apéro dans son petit appart  du 9ème arrondissement puis avons apprécié un délicieux petit repas thaïlandais à deux pas de chez elle. Pas d’insectes au menu bien que ce soit très en vogue dans les restos thaïs parisiens. J’ai des copains qui sont en voyage, en famille, en ce moment en Thaïlande qui en ont fait l’expérience : plus c’est gros moins cela est goûteux, d’après eux. J’avoue que ce ne sont pas des mets qui me tentent, je suis assez classique dans mes goûts culinaires.

Aujourd’hui, dimanche, c’est relâche. Pas d’atelier. Avec Véro, nous avons réservé une visite guidée de l’exposition Hopper au Grand Palais à 11h. Nous nous sommes abonnées pour ne pas faire ces queues interminables à chaque exposition d’envergure. C’est un peu cher mais c’est d’un confort inestimable que d’avoir des billets coupe-files. Les expos du Grand palais et du musée du Luxembourg sont la plupart du temps de grande qualité, et puis cette carte « sésame » permet un accès illimité. Par contre on ne peut pas en faire bénéficier qui que ce soit car il faut montrer patte blanche et présenter une pièce d’identité.

La visite guidée est vraiment un moyen pour s’imprégner de l’œuvre et de la vie de l’artiste. Je préfère souvent d’abord visiter seule pour la liberté de mes impressions puis profiter des explications du guide. Ainsi je garde en mémoire les premières émotions qu’a déclenchées la découverte de chaque  tableau. Je vois parfois l’exposition plusieurs fois avant de faire une visite guidée et j’y reviens souvent après pour m’attarder sur un ou plusieurs tableaux. Cela me permet d’observer plus en profondeur le travail des artistes et les techniques utilisées.

Hopper, j’y suis venue trois fois et je ne me lasse pas de baigner dans cette atmosphère si particulière que donnent les lumières de ses tableaux.

J’ai donné rendez-vous à Véro à 10h30 au Comptoir Moka pour avaler un petit kawa et partager nos impressions sur cette expo avant la visite.

 

A suivre…

 

 

 

L’atelier 22

Voici un aperçu des tableaux d’Edward Hopper:

Edward Hopper
Album : Edward Hopper

34 images
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Véro et moi avons suivi cette visite guidée avec enthousiasme. Il faut dire que notre guide était passionnante. Au-delà du sujet traité, elle a une capacité à capter son auditoire grâce à un grand charisme d’où filtre la passion des arts. Parfois les guides ont une connaissance parfaite du  thème abordé mais restent très académiques et donnent l’impression de faire un cours maintes fois répété devant des étudiants dont ils se fichent qu’ils écoutent ou pas. Il n’est pas donné à tout le monde de captiver son auditoire en transmettant son savoir. Cette femme est vraiment animée par le désir de faire partager ses connaissances et nous en avons pleinement profité.

En sortant du Grand Palais, nous descendons tranquillement vers le jardin des Tuileries où nous achetons des sandwiches que nous irons déguster près du grand bassin en échangeant nos perceptions des tableaux et de la démarche artistique d’Edward Hopper. Il fait bon et beau pour un mois de novembre, profitons-en.

L’atelier 23

Dimanche en fin d’après-midi, après avoir  flâné dans Paris avec Véro, nous nous sommes fait un ciné : « La Dolce Vita » à La Filmothèque du quartier latin rue Champollion.

Quand je faisais mes études à la Sorbonne, j’y allais au moins une à deux fois par semaine, quand ce n’était pas plus les week-ends de pluie. Ce cinéma d’art et essai a su résister aux grands requins que sont les grands Gaumont et autres Pathé. J’y ai construit ma  culture cinématographique et j’y passais tellement de temps que j’ai sympathisé avec un projectionniste. Nous sommes restés très proches. Renaud faisait le job le week-end et certains soirs pour financer ses études de philo. Aujourd’hui, il est prof dans un lycée technologique et professionnel du 20ème  où, grâce à son charisme, il arrive à intéresser ces adolescents qui, a priori, n’en ont rien à faire de la philo. Ses cours sont de vrais cafés-philo, ils ont fait l’objet d’un reportage qui est passé sur France 3- Île de France, il y a quelques mois. Il a sorti un livre sur l’art d’enseigner la philo à des publics réticents, livre destinés aux enseignants. Cela fait un moment que nous ne nous sommes pas contactés, il faudrait peut-être que je lui passe un petit coup de fil. J’ai bien envie de le tenir au courant de mes projets et de lui montrer mon prochain « chez moi ».

Depuis dimanche, je travaille sans relâche à l’atelier : j’avance sur mes suites cubiques. J’en ai commencé une sur la base de cubes d’argile grise de différentes taille aux angles arrondis que j’assemblerai avec le même fil métallique que la suite N° 2. C’est un gros boulot, mais j’aime aussi travailler la terre.

Ce matin, mercredi, Patrice et Philippe viennent à la maison pour un brunch. Du coup, il  a fallu faire sonner le réveil pour ne pas traîner au lit et pour ranger un peu l’appart car je l’avais un peu délaissé ces derniers jours. Les courses sont faites, je me les suis fait livrer pour la semaine. Je n’ai plus qu’à passer à la boulangerie pour les dernières petites viennoiseries ;  j’ai préparé quelques tapas et quelques douceurs hier soir. C’est sympa un petit brunch, ça nous laissera l’après-midi pour passer à l’atelier. J’ai hâte d’avoir l’avis de Patrice sur mes derniers travaux et sur mon projet suite cubique.

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Mercredi 28/11

Patrice et Philippe arrivent un peu avant 11h, un très joli bouquet de roses et un petit sac dans les mains. Ils sont incorrigibles, ils ne peuvent jamais venir les mains vides. Le sac en papier contient une très belle  boîte de chocolats Benoît, classés parmi les meilleurs chocolats de Paris par L’Express. Je les réprimande pour tous ces cadeaux et  me confonds en remerciements.

Nous nous installons au salon pour bruncher tranquillement. Ils me racontent ce qu’ils sont allés voir hier soir au théâtre du Rond-Point : «  J’ai passé ma vie à chercher l’ouvre-boîtes » de Maurice-Domingue Barthélemy, un ancien des Robin des bois, une bonne tranche de rire. Par son boulot, Philippe obtient des places de spectacle dont je profite parfois. Il travaille au journal gratuit « 20 minutes » à la rubrique « culture ». Lui et ses collègues ne peuvent pas tout voir alors ils se partagent et distribuent les invitations. C’est super d’avoir des potes comme Patrice et Philippe, aussi sympathiques, aussi cultivés et aussi généreux ! Je ne m’ennuie jamais avec eux et j’apprécie le regard critique qu’ils portent sur mon travail.

Vers 14h, nous filons à l’atelier. Je brûle de leur montrer mes dernières réalisations. L’idée de la suite cubique les séduit : le thème que j’ai retenu pour ma future expo à la galerie de l’école des filles à Huelgoat pour juillet 2013. Ils n’avaient pas vu la sculpture que j’ai réalisée pour la ville de Brunoy. Philippe en caresse les méandres, très enthousiaste de ce thème que je commence à décliner.

La question qui me préoccupait était de savoir si j’entrais dans la couleur ou si je restais en noir/blanc/gris. Patrice m’encourage à rester dans les gris et à produire une seule œuvre très colorée qui mettrait toutes les autres en valeurs. J’y avais pensé grâce à Véro mais j’avais peur de dénaturer la suite. L’austérité ne fait pas parti de mon caractère, ce que souligne Philippe. Le noir/blanc/gris aurait pu  manquer d’éclat. Je pense que pour l’œuvre en couleur, un collage avec un léger volume pourrait être intéressant. J’ai ma petite idée sur le sujet…

Je ne pourrais pas déplacer la suite cubique n°1, mais une photo noir et blanc sur fond blanc pourra figurer dans l’expo, ainsi il ne manquera aucun numéro. Françoise Livinec a prévu de me consacrer un espace au volume intéressant. Il me reste beaucoup de boulot pour être prête en juin mais je suis hyper-confiante car les esquisses sont déjà très abouties et les encouragements de mon entourage que ce soit Delphine, Véro ou aujourd’hui Philippe et Patrice m’euphorisent. Je crois que pour arriver à tout boucler je serai capable d’y passer mes week-ends et même d’aller travailler le matin de bonne heure.

Nous prenons un dernier petit thé et Patrice et Philippe m’abandonnent à mes projets. Avant de partir, Patrice m’informe qu’il y aura quelqu’un d’Artension.fr à l’inauguration vendredi à la mairie de Brunoy. Philippe m’a dit qu’il allait essayer de se libérer pour y venir. Je commence à avoir le trac pour cet évènement  qui prend de plus en plus d’ampleur.

Bon, il ne faut pas que je me déconcentre, j’ai du pain sur la planche.

L’atelier 25

Jeudi 29/11/2012

Hier j’ai avancé ma fabrication de cubes en argile jusqu’à 1h du matin, alors évidemment ce matin j’ai eu un peu de mal à sortir du lit. Du coup, j’ai brunché : il restait pas mal de trucs d’hier. Un grand ménage dans l’appartement pour accueillir correctement les parents n’est pas de trop. Quelques minutes de repassage et c’est déjà l’heure d’aller à la gare les retrouver.

Le train est à l’heure et j’ai juste le temps d’arriver à la voiture n° 16 qu’ils en descendent déjà. Quel plaisir de les voir en chair et en os! Deux petites embrassades et nous prenons le chemin du métro car un sac de voyage en bus ce n’est pas très facile, alors que dans le métro, à cette heure-là, il n’y a pas grand monde. Maman semble fatiguée, alors nous prenons le temps à l’appartement de déguster tranquillement un petit thé des Frères Mariage avant de filer à l’atelier que mon père est impatient de voir.

Ils sont charmés par la sculpture de Brunoy. Mon père prend plaisir à en suivre les lignes courbes, il apprécie le velouté que j’ai réussi à donner au bois à force de polissages répétés. Ma mère trouve très intéressante la petite sculpture en fil, elle aimerait bien que je puisse lui en offrir une de même type voire celle-là. Je l’assure que quand mes travaux pour l’expo de l’Ecole des Filles seront terminés, je lui en ferai une. Papa est impatient de voir mon futur logement, mais pour aujourd’hui il est trop tard, nous irons demain matin. J’ai récupéré les clefs chez les Juliet qui ont déjà fait commencer les travaux.

Pour ce soir, vu la fatigue de Maman, nous dînons à la maison d’un petit foie gras, suivi d’un axoa bien relevé à la purée de piments d’Espelette que j’ai amoureusement cuisiné ce matin et une petite tarte aux pommes de chez mon boulanger-pâtissier. Papa nous a apporté un très bon Saint Julien 2005 pour accompagner le tout.

Demain c’est grand jour pour moi, il ne faut pas que je me couche trop tard. Les agents de la ville de Brunoy viennent chercher la suite cubique N°1 vers 16h. Il faut que je sois en forme pour l’inauguration surtout si je dois répondre aux questions des journalistes. Cet exercice m’est vraiment difficile alors il faut vraiment que je me porte comme le Pont-Neuf.

L’atelier 26                 vendredi 30/11/2012

Papa est un lève-tôt, alors à 7h je me réveille en entendant le café couler, les narines en alerte à l’odeur qui s’en dégage. Je leur ai laissé ma chambre pour dormir dans le canapé, pour quelques nuits ça va. Je m’habille rapidement pour filer chercher pains et croissants frais.

A mon retour, Maman est levée. Elle a meilleure mine ce matin : nous nous sommes couchés tôt.

Un bon petit déjeuner bien français dans l’estomac et nous montons Place d’Italie prendre le bus n° 27. Même si c’est plus long, pour rejoindre la rue des Epinettes, c’est plus sympa de voyager en bus. A Opéra, nous montons dans le bus n° 66 qui nous laissera rue de la Jonquière. Ce matin, il fait gris et froid, mais il ne pleut pas, ce qui nous a permis de traverser Paris en apercevant les différents monuments et de marcher tranquillement jusqu’au loft. Une camionnette d’artisan est garée devant.

-Ah, ben, les Juliet n’ont pas perdu de temps on dirait. Les travaux ont déjà commencé. Comme cela vous aurez une idée grandeur nature du plan que je vous avais envoyé.

-Mais ils font des travaux et si ça ne te plaît pas, ma fille? dit mon père.

-Tu n’as pas compris, Papa. Ils m’ont demandé un plan que j’ai esquissé et fait finaliser par Romain, mon ami architecte.

-Ah, ben, t’en profites pas un peu?

-Papa, c’est en quelque sorte une relation de mécénat qui démarre avec Dominique et Jacques Juliet. Ils y ont leur intérêt par rapport à des œuvres qu’ils pourraient m’acheter à des prix adaptés.

-Moi, je trouve cela curieux comme relation. Nous, qui ne sommes pas dans le monde des arts, avons du mal à nous représenter ce qui s’y passe.

-A vrai dire moi non plus, je n’avais pas imaginé cela, mais j’en avais déjà entendu parler.

-l’important, dit Maman, c’est que les choses soient bien balisées et tu peux t’appuyer sur Christian Vasseur pour t’y aider.

Je signale notre présence et explique aux deux plaquistes présents que je suis la future propriétaire de ce loft. La cloison de séparation de l’atelier et de l’espace de vie ainsi que celles de l’entrée sont déjà montées. Celles des chambres et de la salle de bains sont commencées. Les points d’eau sont installés. Cela donne une toute autre dimension à l’espace et nous permet sans difficulté d’imaginer l’appartement terminé.

Mes parents sont impressionnés par la taille de l’atelier. Il faut dire que vide, on s’y sent petit. Quand les différents placards auront été montés, nous aurons déjà une vision différente de l’espace. Et quand il sera rempli de mon barda, il paraîtra bien plus petit. Mais il faut bien reconnaître que c’est une chance inouïe d’avoir un atelier de cette taille-là.

Papa voit les défauts : la verrière qui sera source de refroidissement des lieux mais il trouve que l’idée des poêles à bois est bonne bien qu’à Paris s’approvisionner en bois n’est pas simple. Mais je me suis renseignée, cela est tout à fait possible, à un coût bien évidemment plus élevé qu’en province. Maman, elle, a repéré le jardin et imagine déjà les plantes que je vais pouvoir y mettre et comment je vais pouvoir m’aménager un petit coin repas pour en profiter aux beaux jours. Ils sont conquis par les lieux. Elle imagine déjà les oiseaux qui viendront picorer à la mangeoire.

Nous laissons les ouvriers travailler et partons faire un tour de quartier, en passant bien évidemment par la Cité des Fleurs. Puis nous descendons l’avenue de Clichy et remontons la rue Caulaincourt pour rejoindre Montmartre et le bas de la rue Lepic où Maman se souvient d’un restaurant marocain qu’elle a fréquenté quand elle travaillait à Montmartre. Il existe toujours mais il n’est pas certains que les propriétaires soient les mêmes car à l’époque, il y a 20 ans, ils n’étaient déjà plus tout jeunes. Nous décidons d’y faire notre pause déjeuner. Le restaurant a été repris par le fils et les tajines sont toujours aussi délicieux, par contre les prix ont beaucoup grimpé. Nous nous régalons et terminons par un thé à la menthe servi dans les règles de l’art.

J’abandonne les parents qui vont poursuivre leur visite,  pour rejoindre l’atelier car il faut que je fasse un peu de place pour que les ouvriers de Brunoy puissent facilement enlever la suite cubique N°1. Ils me rejoindront par leurs propres moyens à la mairie de Brunoy pour assister à l’inauguration qui démarre à 18h.

L’atelier 27          vendredi 30/11/2012   

Vers 16h les gars de la mairie de Brunoy viennent avec leur fourgon pour emporter la sculpture. Ils n’ont rien pris pour la protéger. Heureusement qu’à l’atelier j’ai un vieux drap bien épais et suffisamment grand pour l’emballer. Je n’ai pas du tout envie qu’elle soit abîmée avant d’être installée. D’ailleurs, j’impose ma présence pour le transport: ça m’évite aussi d’avoir à prendre le train. J’avoue que je suis très inquiète quant à leur façon de traiter l’œuvre que j’ai passé tant d’heures à façonner : ce ne sont pas des artistes les gars, plutôt des as de la clé à molette et du marteau. Dans la camionnette, la suite cubique n°1 ne bouge pas car elle est suffisamment lourde. Je leur ai aussi demandé de faire attention dans les ronds-points, les virages et les changements de direction car, malgré tout, elle pourrait glisser.

Nous arrivons au pôle des services public du quartier des Provinciales de Brunoy, rue de Cerçay. Choix judicieux que de vouloir mettre ma suite cubique N°1 dans l’entrée de ce bâtiment! L’idée du maire est bien de  permettre aux Brénadiens et Brénadiennes de trouver du beau dans leur centre administratif annexe de la mairie. Il aurait pu opter pour une installation dans la mairie, grand hôtel particulier de style haussmannien, mais il a voulu humaniser le pôle des Provinciales. C’est ce projet qui m’a séduite.

Monsieur le maire n’est pas là, il est en réunion au conseil général. Il ne sera présent qu’à l’inauguration prévue à 18h. Ma sculpture et moi sommes accueillies par l’adjointe à la culture et le secrétaire du maire. Ils dirigent les deux agents pour qu’ils installent l’œuvre exactement à l’endroit qui lui a été dédié, dans l’entrée du pôle. L’adjointe m’informe qu’un buste d’un ancien grand maire de Brunoy a été déplacé pour lui faire de la place et installer un socle qui mette la sculpture à hauteur d’homme afin que les citoyens de Brunoy puissent l’admirer, la toucher, la caresser, en suivre les méandres. Lors de la négociation de cette commande, j’ai bien insisté qu’il fallait que cette œuvre vive et puisse être accessible aux Brénadiens. Il était hors de question pour moi de sacraliser un de mes travaux.

Le socle a été taillé dans un morceau de teck puis huilé afin de lui donner une patine chatoyante. Cela donne une couleur un peu plus sombre qui révèle la blondeur de ma sculpture. Je suis satisfaite de l’espace qu’occupe la sculpture et de l’effet qu’elle produit associée à son support et à son environnement plutôt sobre.

Etre exposé dans un lieu public est bien souvent le rêve de tout artiste. J’avoue que je savoure intérieurement ce moment et que contrairement à la sculpture exposée au théâtre de Cornouaille à Quimper, celle-ci sera amenée à rencontrer un public plus large et plus divers. Cela me satisfait d’autant plus.

 

Alors qu’il ne m’appartient déjà plus, ce travail restera toujours « ma » suite cubique N°1 signant le début d’une œuvre globale.

L’atelier 28

Vendredi 30/11

Monsieur le Maire vient me saluer. Tout en m’expliquant comment il voit le déroulement de l’évènement, il s’approche de la sculpture et  en suit de la main certaines lignes. Il me dit sa fierté de pouvoir faire partager aux Brénadiens cette magnifique sculpture qui s’inscrit bien dans ce lieu et le rend plus chaleureux. Les gens arrivent et le hall se remplit. Mes parents ont retrouvé Delphine, Véro vient me faire une bise, Philippe est là. A ma grande surprise, Dominique et Jacques Juliet sont venus tous les deux et  restent un peu en retrait.

18h15, le maire fait son discours puis me tend le micro. J’ai la voix un peu voilée par le trac pour présenter mon travail qui s’inscrit dans un projet plus large. Je remercie Monsieur le Maire et la municipalité de Brunoy ainsi que les personnes qui ont fait le déplacement pour l’inauguration. Le maire reprend le micro pour inviter ses administrés à caresser la sculpture si agréable au toucher, selon lui, puis il  coupe le ruban autour de la suite cubique n°1. Applaudissements. Quelques flashes zèbrent l’espace de leur rayonnement puissant. Les gens s’approchent, certains s’aventurent à effleurer le bois puis viennent me trouver pour me faire part de leurs impressions ou me questionner sur ma démarche artistique.

Le buffet est ouvert et comme toujours dans ce genre de manifestation il faut jouer des coudes pour y arriver. Philippe en profite pour que le photographe de son journal me prenne en photo avec le maire, l’adjoint du quartier et l’adjointe à la culture, entourant la suite cubique n°1. Le journaliste d’Artension préfère me prendre en photo seule puis me demande une petite interview que j’accepte. Elle durera quelques minutes dans un bureau à l’écart du brouhaha du hall. Je ne suis toujours pas plus à l’aise dans ce genre d’exercice mais je m’y prête avec amabilité car je travaille ainsi pour l’avenir de ma boutique.

Au bout d’une heure, le maire s’est éclipsé et une partie de l’assemblée a suivi. Je suis un peu moins sollicitée et je peux prendre le temps de présenter mes parents à mes amis et mes amis entre eux. Philippe et Véro se connaissent mais Delphine découvre les uns et les autres. Je peux enfin approcher du buffet pour prendre un verre de kir avant que mes parents ne souhaitent faire une photo de groupe autour de la sculpture. C’est l’adjointe à la culture qui appuiera sur le déclencheur.

Je retrouve Dominique et Jacques Juliet en discussion avec le journaliste d’Artension. Ils ont l’air de bien se connaître. Je les remercie de leur présence et les met en relation avec mes parents qui sont ravis de les rencontrer. Ils mettent ainsi des visages sur les personnes dont je leur parle depuis quelque temps. Les Juliet, enchantés de faire leur connaissance, leur présentent la collaboration qui démarre et disent leur plaisir à soutenir ma démarche artistique. Mes parents sont un peu impressionnés mais Maman se met très vite à leur faire part de mon parcours et aussi des doutes qu’ils ont pu avoir en tant que parents sur la trajectoire professionnelle que j’ai choisie. Jacques Juliet prend une photo de ma réalisation avec son téléphone avant de nous saluer et de s’éclipser avec son épouse.

Je remercie l’adjointe à la culture et rassemble mes troupes pour leur proposer un petit resto libanais dans le 13ème. Philippe appelle Patrice qui nous rejoindra directement au restaurant Cocagne du Liban, rue Jeanne d’Arc entre St Marcel et les Gobelins.

J’appelle pour réserver. J’y suis bien connue, c’est une de mes cantines car l’accueil y est très convivial, la nourriture excellente et les prix tout petits. Nous serons huit, une belle tablée.

Nous prenons le RER puis le bus 91 et arrivons au resto vers 21h. Patrice est déjà là et nous attend à table un verre de vin  devant lui. Avant que nous ne trinquions, je suis obligée de faire un petit discours pour les remercier d’être là et d’avoir fait le déplacement jusqu’à Brunoy qui n’est pas la porte à côté. Un peu déconnectée lors de l’inauguration je reprends pied et surtout apprécie ce moment convivial devant de délicieux mezze. A minuit nous sommes toujours au resto et les uns et les autres se disent qu’il est temps de retrouver ses pénates.

Avec les parents, nous rentrons tranquillement à pied puisque le temps le permet. Il fait froid mais sec. Papa et Maman sont ravis de leur soirée, enchantés d’avoir pu faire la connaissance de certains de mes amis, des Juliet et d’avoir partagé ce moment avec moi.

L’atelier 29

Samedi 1/12 et dimanche 2/12

Week-end familial.

Balade au bord de la Seine : les bouquinistes, l’île de la Cité, l’île Saint Louis, retour vers Saint-Michel puis le jardin du Luxembourg. Mes parents sont de bons marcheurs qui arpentent les chemins de randonnées, nous rentrons donc à pied à l’appartement.

Le marché Alésia samedi matin nous a permis de faire le plein du frigo en légumes et de trouver du poisson bien frais pour se concocter un petit repas sympathique : huitres en entrée, dos de cabillaud en papillote et fenouil. Maman nous a concocté un petit crumble pomme-poire au dessert. Tiède avec une petite boule de glace à la vanille : un délice pour le palais car elle a su choisir les bonnes variétés de fruits bien goûteuses. Papa est allé à la cave du Moulin Vieux rue de la Butte aux cailles pour nous trouver un vin blanc d’un petit producteur bourguignon pour animer nos papilles.

Dimanche culturel au centre Pompidou. Il a fallu prendre son mal en patience dans la file d’attente pour l‘exposition Salvador Dali. Heureusement que la scénographie de l’exposition a été bien pensée afin que le public puisse y circuler de façon fluide. Ils limitent l’entrée du public pour pouvoir admirer les toiles sans trop être gêné. Comme toujours à Beaubourg, cette exposition d’une grande qualité essaie de nous faire découvrir les différentes facettes de Dali, ce personnage complexe et haut en couleurs. Deux heures nous permettrons de revisiter l’œuvre de ce peintre fantasque dont les toiles reflètent une imagination féconde. Bien entendu, les œuvres qui attirent le plus sont les toiles avec les «montres molles », «le Spectre du Sex Appeal» et «les Cygnes réfléchissant des éléphants». Mais il y a bien d’autres tableaux tout aussi intéressants. Mon père fera son tour un peu plus vite pour accéder à la collection permanente du centre car il aspire à la diversité. Il n’est pas un fan de Salvador Dali qu’il trouve trop excentrique et trop commercial. Il préfère retrouver des artistes comme Braque, Max Ernst ou Juan Gris, plus discrets mais tout aussi novateurs.

Nous nous retrouvons au restaurant du 6ème étage,  « le Georges » où nous prenons tranquillement un brunch avant de faire un tour à la boutique où il est difficile de ne pas se laisser tenter par quelque livre ou carte postale… Je repars un livre sous le bras : « le cubisme » de Guillaume Apollinaire et Dorothea Eimert que m’offrent mes parents. J’en ai eu un aperçu sur Google books. Même si j’ai déjà quelques livres sur le sujet, je ne résiste pas à la tentation d’autant que mon actualité créative s’y réfère.

Maman a envie de faire une petite visite libre de Notre-Dame pour admirer les vitraux traversés par les rayons du soleil de ce début décembre. Comme d’habitude, il y a beaucoup de monde mais nous ne nous décourageons pas : la lumière dans la nef est très belle et vaut le petit effort pour supporter les commentaires en toutes langues des visiteurs.

Aujourd’hui, j’ai eu ma dose de bain de foule, je suis vaccinée pour un certain temps.

Les parents repartent demain, je vais reprendre mon boulot à l’atelier et ma petite vie tranquille. Ils sont satisfaits de leur week-end parisien et se disent qu’ils pourraient se prévoir ce genre d’escapade de temps en temps même si Papa sature vite de la ville. J’ai pris plaisir à les recevoir même s’ils ont un peu bouleversé mon quotidien et que j’apprécie ma solitude ordinaire. J’ai tout particulièrement apprécié leur présence lors de l’inauguration à Brunoy ainsi que de leur faire visiter mon prochain atelier-loft.

Demain matin, je les accompagnerai à la gare.

L’atelier 30  Février 2013

Depuis décembre, je n’ai fait pause que pour rentrer à Quimper fêter Noël. Après l’agitation de novembre, entre La sculpture pour Brunoy et mon futur atelier de la rue des Epinettes, j’ai été quelque peu déconcentrée. Alors je me suis remise à bosser sur mes suites cubiques en variant les techniques.

J’ai finalisé la suite cubique n°3, petite sculpture de fil métallique et de cubes d’argile. Pour rester dans l’idée du noir et blanc. En profitant du four que Véro utilise dans son cours, j’ai émaillé les cubes. La brillance de l’émail donne un air très design à l’ensemble. Je les ai montés sur un socle, chaque cube sur une tige de fer blanc travaillée pour introduire des lignes courbes afin d’adoucir la rectitude des arêtes, comme des arbres de hauteurs différentes formant une forêt.

La suite cubique n°4 est une grande toile au couteau, jouant avec les aplats, la matière et la variété des blancs. J’ai apprécié travailler l’acrylique en épaisseur et moduler les blancs, les marier pour faire apparaître des vagues d’écume dont les creux ombrés ondulent le drapé malgré les lignes droites dominantes. J’avais ce tableau en tête depuis longtemps, inspiré de ces tempêtes bigoudènes où l’écume envahit les rochers à Saint-Guénolé. Je pourrais d’ailleurs le sous-titrer « Tempête sur Saint-Guénolé » ou « Mer bigoudène en furie ».

Dans l’idée de toujours varier les techniques, la suite cubique n°5 est une gravure sur bois rehaussée d’un dégradé à l’encre de chine : petit format dont par la suite je pourrai faire imprimer plusieurs exemplaires numérotés.

Aujourd’hui, je travaille sur l’œuvre en couleur : une toile carrée d’1m x 1m, faite de collages qui donnent une idée de perspective. Les lignes sont très droites pour accentuer les représentations de cubes, donner une certaine dureté qui sera modulée par les couleurs chatoyantes. Elle portera le n° 27, dernier numéro de la série dont la racine cubique est 3 : numéro parfait pour parler du cube.

Si je continue d’avancer à ce rythme, je serai fin prête en juin pour l’expo de Huelgoat où je donnerai un avant-goût de celle que je ferai à Paris chez Françoise Livinec en mars 2014. Je ne vous parle pas des autres travaux engagés car je travaille sur plusieurs projets en même temps : les idées s’assemblent ainsi plus facilement et me permettent de donner une cohérence au projet global de l’expo  Suite cubique.

Mon assiduité à l’atelier m’a aussi permis d’attendre patiemment mon déménagement vers le XVIIème. Il approche, il approche : le vendredi 23 février à 10h, la signature définitive aura lieu chez Maître Weiss. Je serai alors propriétaire du 18 rue des Epinettes et vais pouvoir investir les lieux dès l’après-midi. J’ai rassemblé les copains pour investir d’abord le côté loft vendredi puis l’atelier. Ils se sont tous mobilisés : nous serons une dizaine et j’ai trouvé un fourgon que me prête, pour le week-end, un pote artisan-ébéniste, Denis. Il ne peut venir nous aider car il a beaucoup de boulot dans son atelier de Montreuil.

Les travaux de l’Atelier sont finis depuis fin janvier. Malgré la proposition des Juliet de pouvoir m’y installer plus tôt, j’ai préféré attendre d’en être légalement proprio pour emménager. Pourtant, habituellement je ne suis pas superstitieuse mais là je l’ai senti comme ça. Je sais qu’il faut que je fasse confiance à mes ressentis.

La proximité du déménagement fait monter l’excitation. Finalement plutôt que de me déconcentrer comme cela l’avait fait en novembre 2012, cela stimule mon attention et ma créativité. J’ai pu esquisser une bonne partie des suites cubiques à venir.

L’exposition à la Galerie B de Pont-Aven a été repoussée d’un mois. Elle aura lieu du vendredi 8 mars au mercredi 3 avril. Les tableaux fileront ensuite au LU de Nantes où ils seront exposés du 5 avril au 2 mai. Finalement les choses s’enchaînent assez bien. Tant mieux, car j’ai pu mettre de côté les tableaux tout en préparant mon déménagement. Le transporteur vient les prendre à l’atelier le jeudi 28 février. Ouf ! C’est lui qui les emballe. Ce sera ça de moins à faire et à transbahuter vers les Epinettes.

J’attends le grain de sable car je trouve que la machine fonctionne trop bien. Je n’ai pas été habituée à autant de facilité et je ne peux m’empêcher de penser à ce qui pourrait troubler cette ligne de vie actuellement si linéaire. J’étais plutôt abonnée aux pointillés côté artiste et là j’ai l’impression d’un boulevard qui s’ouvre devant moi. Il faut que j’arrive à en profiter pleinement car nul ne sait de quoi demain sera fait…

Allez ! Je me remets à trimer sur la suite cubique n° 27 !

L’atelier 31

Une nouvelle vie commence.

Depuis vendredi je suis installée rue des Epinettes. Les copains ont été super sympas. Nous avons passé une journée dynamique, excitante et  épuisante. A 22h, nous avons fini de décharger et de poser dans l’atelier les derniers cartons et autres objets en vrac. Nous étions tellement K.O. que nous avons à peine touché les pizzas que j’avais fait livrer. Je ne pensais pas qu’en commençant à 9h du matin, nous finirions si tard. La pause pique-nique d’1h30 sous le signe non pas de la rosée mais du rosé que Philippe et Patrice avait apporté a un peu coupé le rythme de la journée. Un déménagement, il faut aussi que cela soit un peu festif…

Delphine est restée dormir chez moi pour m’aider à défaire mes cartons et installer mes affaires. J’étais tellement pressé de me sentir chez moi que nous y avons passé tout le week-end. Tout est à sa place ou presque, même à l’atelier où je peux reprendre mon travail dès ce lundi.

Ce matin j’ai traîné au lit jusqu’à 11h après un premier réveil  où j’ai fait redémarrer le poêle sur les braises de la nuit. J’ai un peu récupéré. J’ai repéré une boulangerie pas très loin où le pain et les croissants sont bons. J’y  fais un saut avant de me faire un déjeuner bien copieux pour être en forme et finir d’installer l’atelier.

J’ai du boulot. Les suites cubiques sont bien avancées mais les vingt-sept ne sont pas encore terminées. Par contre elles sont toutes esquissées.  Il ne faut pas que je tarde trop à m’y mettre car ma présence à Pont-Aven pour le vernissage de l’expo et la première semaine est impérative. Je vais en profiter pour passer une quinzaine de jours en famille et profiter de ma belle Cornouaille. Cela ne m’est pas arrivé depuis longtemps.

Il ne faut donc pas que je m’attarde trop. Et hop! Au boulot!

Une nouvelle vie commence.

 

 

23 novembre 2014

L’atelier 31

Publié par Des mots...Des images... dans Atelier d'écriture, L'ATELIER

Une nouvelle vie commence.

Depuis vendredi je suis installée rue des Epinettes. Les copains ont été super sympas. Nous avons passé une journée dynamique, excitante et  épuisante. A 22h, nous avons fini de décharger et de poser dans l’atelier les derniers cartons et autres objets en vrac. Nous étions tellement K.O. que nous avons à peine touché les pizzas que j’avais fait livrer. Je ne pensais pas qu’en commençant à 9h du matin, nous finirions si tard. La pause pique-nique d’1h30 sous le signe non pas de la rosée mais du rosé que Philippe et Patrice avait apporté a un peu coupé le rythme de la journée. Un déménagement, il faut aussi que cela soit un peu festif…

Delphine est restée dormir chez moi pour m’aider à défaire mes cartons et installer mes affaires. J’étais tellement pressé de me sentir chez moi que nous y avons passé tout le week-end. Tout est à sa place ou presque, même à l’atelier où je peux reprendre mon travail dès ce lundi.

Ce matin j’ai traîné au lit jusqu’à 11h après un premier réveil  où j’ai fait redémarrer le poêle sur les braises de la nuit. J’ai un peu récupéré. J’ai repéré une boulangerie pas très loin où le pain et les croissants sont bons. J’y  fais un saut avant de me faire un déjeuner bien copieux pour être en forme et finir d’installer l’atelier.

J’ai du boulot. Les suites cubiques sont bien avancées mais les vingt-sept ne sont pas encore terminées. Par contre elles sont toutes esquissées.  Il ne faut pas que je tarde trop à m’y mettre car ma présence à Pont-Aven pour le vernissage de l’expo et la première semaine est impérative. Je vais en profiter pour passer une quinzaine de jours en famille et profiter de ma belle Cornouaille. Cela ne m’est pas arrivé depuis longtemps.

Il ne faut donc pas que je m’attarde trop. Et hop! Au boulot!

Une nouvelle vie commence.

31 octobre 2014

Pas le temps

Publié par Des mots...Des images... dans Art, Atelier d'écriture, L'ATELIER, Non classé, Voyage

Bonjour,

« L’atelier » est un peu (!!!) en plan depuis un bon moment. Je n’ai pas le temps d’écrire pour moi en ce moment.

Sur le plan artistique, j’ai vu une belle expo qui termine ce week-end à Landerneau: il va sans doute y avoir foule.

 

 

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«  Paysage aux griffures « 

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  » Groupe de quatre arbres « 

L_Hourloupe

 » Salon d’été « 

J’espère pouvoir terminer « L’atelier » un de ces quatre, quand mon actualité professionnelle sera un peu plus cool.

Bon automne à tous!

 

 

 

24 février 2014

L’atelier 30

Publié par Des mots...Des images... dans Art, Atelier d'écriture, L'ATELIER

Les parents repartent demain, je vais reprendre mon boulot à l’atelier et ma petite vie tranquille. Ils sont satisfaits de leur week-end parisien et se disent qu’ils pourraient se prévoir ce genre d’escapade de temps en temps même si Papa sature vite de la ville. J’ai pris plaisir à les recevoir même s’ils ont un peu bouleversé mon quotidien et que j’apprécie ma solitude ordinaire. J’ai tout particulièrement apprécié leur présence lors de l’inauguration à Brunoy ainsi que de leur faire visiter mon prochain atelier-loft.

Demain matin, je les accompagnerai à la gare. 

…Suite 

Février 2013

Depuis décembre, je n’ai fait pause que pour rentrer à Quimper fêter Noël. Après l’agitation de novembre, entre La sculpture pour Brunoy et mon futur atelier de la rue des Epinettes, j’ai été quelque peu déconcentrée. Alors je me suis remise à bosser sur mes suites cubiques en variant les techniques.

J’ai finalisé la suite cubique n°3, petite sculpture de fil métallique et de cubes d’argile. Pour rester dans l’idée du noir et blanc. En profitant du four que Véro utilise dans son cours, j’ai émaillé les cubes. La brillance de l’émail donne un air très design à l’ensemble. Je les ai montés sur un socle, chaque cube sur une tige de fer blanc travaillée pour introduire des lignes courbes afin d’adoucir la rectitude des arêtes, comme des arbres de hauteurs différentes formant une forêt.

La suite cubique n°4 est une grande toile au couteau, jouant avec les aplats, la matière et la variété des blancs. J’ai apprécié travailler l’acrylique en épaisseur et moduler les blancs, les marier pour faire apparaître des vagues d’écume dont les creux ombrés ondulent le drapé malgré les lignes droites dominantes. J’avais ce tableau en tête depuis longtemps, inspiré de ces tempêtes bigoudènes où l’écume envahit les rochers à Saint-Guénolé. Je pourrais d’ailleurs le sous-titrer « Tempête sur Saint-Guénolé » ou « Mer bigoudène en furie ».

Dans l’idée de toujours varier les techniques, la suite cubique n°5 est une gravure sur bois rehaussée d’un dégradé à l’encre de chine : petit format dont par la suite je pourrai faire imprimer plusieurs exemplaires numérotés.

Aujourd’hui, je travaille sur l’œuvre en couleur : une toile carrée d’1m x 1m, faite de collages qui donnent une idée de perspective. Les lignes sont très droites pour accentuer les représentations de cubes, donner une certaine dureté qui sera modulée par les couleurs chatoyantes. Elle portera le n° 27, dernier numéro de la série dont la racine cubique est 3 : numéro parfait pour parler du cube.

Si je continue d’avancer à ce rythme, je serai fin prête en juin pour l’expo de Huelgoat où je donnerai un avant-goût de celle que je ferai à Paris chez Françoise Livinec en
mars 2014. Je ne vous parle pas des autres travaux engagés car je travaille sur plusieurs projets en même temps : les idées s’assemblent ainsi plus facilement et me permettent de donner une cohérence au projet global de l’expo  Suite cubique.

Mon assiduité à l’atelier m’a aussi permis d’attendre patiemment mon déménagement vers le XVIIème. Il approche, il approche : le vendredi 23 février à 10h, la signature définitive aura lieu chez Maître Weiss. Je serai alors propriétaire du 18 rue des Epinettes et vais pouvoir investir les lieux dès l’après-midi. J’ai rassemblé les copains pour installer d’abord le côté loft vendredi puis l’atelier.Ils se sont tous mobilisés : nous serons une dizaine et j’ai trouvé un fourgon que me prête, pour le week-end, un pote artisan-ébéniste, Denis. Il ne peut venir nous aider car il a beaucoup de boulot dans son atelier de Montreuil.

Les travaux de l’Atelier sont finis depuis fin janvier. Malgré la proposition des Juliet de pouvoir m’y installer plus tôt, j’ai préféré attendre d’en être légalement proprio pour emménager. Pourtant, habituellement je ne suis pas superstitieuse mais là je l’ai senti comme ça. Je sais qu’il faut que je fasse confiance à mes ressentis.

La proximité du déménagement fait monter l’excitation. Finalement plutôt que de me déconcentrer comme cela l’avait fait en novembre 2012, cela stimule mon attention et ma créativité. J’ai pu esquisser une bonne partie des suites cubiques à venir.

L’exposition à la Galerie B de Pont-Aven a été repoussée d’un mois. Elle aura lieu du vendredi 8 mars au mercredi 3 avril. Les tableaux fileront ensuite au LU de Nantes où ils seront exposés du 5 avril au 2 mai. Finalement les choses s’enchaînent assez bien. Tant mieux, car j’ai pu mettre de côté les tableaux tout en préparant mon déménagement. Le transporteur vient les prendre à l’atelier le jeudi 28 février. Ouf ! C’est lui qui les emballe. Ce sera ça de moins à faire et à transbahuter vers les Epinettes.

J’attends le grain de sable car je trouve que la machine fonctionne trop bien. Je n’ai pas été habituée à autant de facilité et je ne peux m’empêcher de penser à ce qui pourrait troubler cette ligne de vie actuellement si linéaire. J’étais plutôt abonnée aux pointillés côté artiste et là j’ai l’impression d’un boulevard qui s’ouvre devant moi. Il faut que j’arrive à en profiter pleinement car nul ne sait de quoi demain sera fait…

Allez ! je me remets à trimer sur la suite cubique n° 27 !

A suivre…

8 décembre 2013

L’atelier 28

Publié par Des mots...Des images... dans Atelier d'écriture, L'ATELIER

 

Etre exposé dans un lieu public est bien souvent le rêve de tout artiste. J’avoue que je savoure intérieurement ce moment et que contrairement à la sculpture exposée au théâtre de Cornouaille à Quimper, celle-ci sera amenée à rencontrer un public plus large et plus divers. Cela me satisfait d’autant plus.

Alors qu’il ne m’appartient déjà plus, ce travail restera toujours « ma » suite cubique N°1 signant le début d’une œuvre globale.

…Suite

Monsieur le Maire vient me saluer. Tout en m’expliquant comment il voit le déroulement de l’évènement, il s’approche de la sculpture et  en suit de la main certaines lignes. Il me dit sa fierté de pouvoir faire partager aux Brénadiens cette magnifique sculpture qui s’inscrit bien dans ce lieu et le rend plus chaleureux. Les gens arrivent et le hall se remplit. Mes parents ont retrouvé Delphine, Véro vient me faire une bise, Philippe est là. A ma grande surprise, Dominique et Jacques Juliet sont venus tous les deux et restent un peu en retrait.

18h15, le maire fait son discours puis me tend le micro. J’ai la voix un peu voilée par le trac pour présenter mon travail qui s’inscrit dans un projet plus large. Je remercie Monsieur le Maire et la municipalité de Brunoy ainsi que les personnes qui ont fait le déplacement pour l’inauguration. Le maire reprend le micro pour inviter ses administrés à caresser la sculpture si agréable au toucher, selon lui, puis il  coupe le ruban autour de la suite cubique n°1. Applaudissements. Quelques flashes zèbrent l’espace de leur rayonnement puissant. Les gens s’approchent, certains s’aventurent à effleurer le bois puis viennent me trouver pour me faire part de leurs impressions ou me questionner sur ma démarche artistique.

Le buffet est ouvert et comme toujours dans ce genre de manifestation il faut jouer des coudes pour y arriver. Philippe en profite pour que le photographe de son journal me prenne en photo avec le maire, l’adjoint du quartier et l’adjointe à la culture, entourant la suite cubique n°1. Le journaliste d’Artension préfère me prendre en photo seule puis me demande une petite interview que j’accepte. Elle durera quelques minutes dans un bureau à l’écart du brouhaha du hall. Je ne suis toujours pas plus à l’aise dans ce genre d’exercice mais je m’y prête avec amabilité car je travaille ainsi pour l’avenir de ma boutique.

Au bout d’une heure, le maire s’est éclipsé et une partie de l’assemblée a suivi. Je suis un peu moins sollicitée et je peux prendre le temps de présenter mes parents à mes amis et mes amis entre eux. Philippe et Véro se connaissent mais Delphine découvre les uns et les autres. Je peux enfin approcher du buffet pour prendre un verre de kir avant que mes parents ne souhaitent faire une photo de groupe autour de la sculpture. C’est l’adjointe à la culture qui appuiera sur le déclencheur.

Je retrouve Dominique et Jacques Juliet en discussion avec le journaliste d’Artension. Ils ont l’air de bien se connaître. Je les remercie de leur présence et les met en relation avec mes parents qui sont ravis de les rencontrer. Ils mettent ainsi des visages sur les personnes dont je leur parle depuis quelque temps. Les Juliet, enchantés de faire leur connaissance, leur présentent la collaboration qui démarre et disent leur plaisir à soutenir ma démarche artistique. Mes parents sont un peu impressionnés mais Maman se met très vite à leur faire part de mon parcours et aussi des doutes qu’ils ont pu avoir en tant que parents sur la trajectoire professionnelle que j’ai choisie. Jacques Juliet prend une photo de ma réalisation avec son téléphone avant de nous saluer et de s’éclipser avec son épouse.

Je remercie l’adjointe à la culture et rassemble mes troupes pour leur proposer un petit resto libanais dans le 13ème. Philippe appelle Patrice qui nous rejoindra directement au restaurant Cocagne du Liban, rue Jeanne d’Arc entre St Marcel et les Gobelins.

J’appelle pour réserver. J’y suis bien connue, c’est une de mes cantines car l’accueil y est très convivial, la nourriture excellente et les prix tout petits. Nous serons huit, une belle tablée.

Nous prenons le RER puis le bus 91 et arrivons au resto vers 21h. Patrice est déjà là et nous attend à table un verre de vin  devant lui. Avant que nous ne trinquions, je suis obligée de faire un petit discours pour les remercier d’être là et d’avoir fait le déplacement jusqu’à Brunoy qui n’est pas la porte à côté. Un peu déconnectée lors de l’inauguration je reprends pied et surtout apprécie ce moment convivial devant de délicieux mezze. A minuit nous sommes toujours au resto et les uns et les autres se disent qu’il est temps de retrouver ses pénates.

Avec les parents, nous rentrons tranquillement à pied puisque le temps le permet. Il fait froid mais sec. Papa et Maman sont ravis de leur soirée, enchantés d’avoir pu faire la connaissance de certains de mes amis, des Juliet et d’avoir partagé ce moment avec moi.

A suivre…

30 novembre 2013

L’atelier 27

Publié par Des mots...Des images... dans Atelier d'écriture, L'ATELIER

J’abandonne les parents qui vont poursuivre leur visite,  pour rejoindre l’atelier car il faut que je fasse un peu de place pour que les ouvriers de Brunoy puissent facilement enlever la suite cubique N°1. Ils me rejoindront par leurs propres moyens à la mairie de Brunoy pour assister à l’inauguration qui démarre à 18h.

…Suite

Vers 16h les gars de la mairie de Brunoy viennent avec leur fourgon pour emporter la sculpture. Ils n’ont rien pris pour la protéger. Heureusement qu’à l’atelier j’ai un vieux drap bien épais et suffisamment grand pour l’emballer. Je n’ai pas du tout envie qu’elle soit abîmée avant d’être installée. D’ailleurs, j’impose ma présence pour le transport: ça m’évite aussi d’avoir à prendre le train. J’avoue que je suis très inquiète quant à leur façon de traiter l’œuvre que j’ai passé tant d’heures à façonner : ce ne sont pas des artistes les gars, plutôt des as de la clé à molette et du marteau. Dans la camionnette, la suite cubique n°1 ne bouge pas car elle est suffisamment lourde. Je leur ai aussi demandé de faire attention dans les ronds-points, les virages et les changements de direction car, malgré tout, elle pourrait glisser.

Nous arrivons au pôle des services public du quartier des Provinciales de Brunoy, rue de Cerçay. Choix judicieux que de vouloir mettre ma suite cubique N°1 dans l’entrée de ce bâtiment! L’idée du maire est bien de  permettre aux Brénadiens et Brénadiennes de trouver du beau dans leur centre administratif. Il aurait pu opter pour une installation dans la mairie, grand hôtel particulier de style haussmannien, mais il a voulu humaniser le pôle des Provinciales. C’est ce projet qui m’a séduite.

Monsieur le maire n’est pas là, il est en réunion au conseil général. Il ne sera présent qu’à l’inauguration prévue à 18h. Ma sculpture et moi sommes accueillies par l’adjointe à la culture et le secrétaire du maire. Ils dirigent les deux agents pour qu’ils installent l’œuvre exactement à l’endroit qui lui a été dédié, dans l’entrée du pôle. L’adjointe m’informe qu’un buste d’un ancien grand maire de Brunoy a été déplacé pour lui faire de la place et installer un socle qui mette la sculpture à hauteur d’homme afin que les citoyens de Brunoy puissent l’admirer, la toucher, la caresser, en suivre les méandres. Lors de la négociation de cette commande, j’ai bien insisté qu’il fallait que cette œuvre vive et puisse être accessible aux Brénadiens. Il était hors de question pour moi de sacraliser un de mes travaux.

Le socle a été taillé dans un morceau de teck puis huilé afin de lui donner une patine chatoyante. Cela donne une couleur un peu plus sombre qui révèle la blondeur de ma sculpture. Je suis satisfaite de l’espace qu’occupe la sculpture et de l’effet qu’elle produit associée à son support et à son environnement plutôt sobre.

Etre exposé dans un lieu public est bien souvent le rêve de tout artiste. J’avoue que je savoure intérieurement ce moment et que contrairement à la sculpture exposée au théâtre de Cornouaille à Quimper, celle-ci sera amenée à rencontrer un public plus large et plus divers. Cela me satisfait d’autant plus.

Alors qu’il ne m’appartient déjà plus, ce travail restera toujours « ma » suite cubique N°1 signant le début d’une œuvre globale.

A suivre…

5 novembre 2013

L’atelier 26

Publié par Des mots...Des images... dans Atelier d'écriture, L'ATELIER

 

Demain c’est grand jour pour moi, il ne faut pas que je me couche trop tard. Les agents de la ville de Brunoy viennent chercher la suite cubique N°1 vers 16h. Il faut que je sois en forme pour l’inauguration surtout si je dois répondre aux questions des journalistes. Cet exercice m’est vraiment difficile alors il faut vraiment que je me porte comme le Pont-Neuf.

…Suite

Papa est un lève-tôt, alors à 7h je me réveille en entendant le café couler, les narines en alerte à l’odeur qui s’en dégage. Je leur ai laissé ma chambre pour dormir dans le canapé, pour quelques nuits ça va. Je m’habille rapidement pour filer chercher pains et croissants frais.

A mon retour, Maman est levée. Elle a meilleure mine ce matin : nous nous sommes couchés tôt.

Un bon petit déjeuner bien français dans l’estomac et nous montons Place d’Italie prendre le bus n° 27. Même si c’est plus long, pour rejoindre la rue des Epinettes, c’est plus sympa de voyager en bus. A Opéra, nous montons dans le bus n° 66 qui nous laissera rue de la Jonquière. Ce matin, il fait gris et froid, mais il ne pleut pas, ce qui nous a permis de traverser Paris en apercevant les différents monuments et de marcher tranquillement jusqu’au loft. Une camionnette d’artisan est garée devant.

- »Ah, ben, les Juliet n’ont pas perdu de temps on dirait. Les travaux ont déjà commencé. Comme cela vous aurez une idée grandeur nature du plan que je vous avais envoyé.

-Mais ils font des travaux et si ça ne te plaît pas, ma fille? dit mon père.

-Tu n’as pas compris, Papa,. Ils m’ont demandé un plan que j’ai esquissé et fait finaliser par Romain, mon ami architecte.

-Ah, ben, t’en profites pas un peu?

-Papa, c’est en quelque sorte une relation de mécénat qui démarre avec Dominique et Jacques Juliet. Ils y ont leur intérêt par rapport à des œuvres qu’ils pourraient m’acheter à des prix adaptés.

-Moi, je trouve cela curieux comme relation. Nous, qui ne sommes pas dans le monde des arts, avons du mal à nous représenter ce qui s’y passe.

-A vrai dire moi non plus je n’avais pas imaginé cela, mais j’en avais déjà entendu parler.

-L’important, dit Maman, c’est que les choses soient bien balisées et tu peux t’appuyer sur Christian Vasseur pour t’y aider. »

Je signale notre présence et explique aux deux plaquistes présents que je suis la future propriétaire de ce loft. La cloison de séparation de l’atelier et de l’espace de vie ainsi que celles de l’entrée sont déjà montées. Celles des chambres et de la salle de bains sont commencées. Les points d’eau sont installés. Cela donne une toute autre dimension à l’espace et nous permet sans difficulté d’imaginer l’appartement terminé.

Mes parents sont impressionnés par la taille de l’atelier. Il faut dire que vide, on s’y sent petit. Quand les différents placards auront été montés, nous aurons déjà une vision différente de l’espace. Et quand il sera rempli de mon barda, il paraîtra bien plus petit. Mais il faut bien reconnaître que c’est une chance inouïe d’avoir un atelier de cette taille-là.

Papa voit les défauts : la verrière qui sera source de refroidissement des lieux mais il trouve que l’idée des poêles à bois est bonne bien qu’à Paris s’approvisionner en bois n’est pas simple. Mais je me suis renseignée, cela est tout à fait possible, à un coût bien évidemment plus élevé qu’en province. Maman, elle, a repéré le jardin et imagine déjà les plantes que je vais pouvoir y mettre et comment je vais pouvoir m’aménager un petit coin repas pour en profiter aux beaux jours. Ils sont conquis par les lieux.

Nous laissons les ouvriers travailler et partons faire un tour de quartier, en passant bien évidemment par la Cité des Fleurs. Puis nous descendons l’avenue de Clichy et remontons la rue Caulaincourt pour rejoindre Montmartre et le bas de la rue Lepic où Maman se souvient d’un restaurant marocain qu’elle a fréquenté quand elle travaillait à Montmartre. Il existe toujours mais il n’est pas certains que les propriétaires soient les mêmes car à l’époque, il y a 20 ans, ils n’étaient déjà plus tout jeune. Nous décidons d’y faire notre pause déjeuner. Le restaurant a été repris par le fils et les tajines sont toujours aussi délicieux, par contre les prix ont beaucoup grimpé. Nous nous régalons et terminons par un thé à la menthe servi dans les règles de l’art.

J’abandonne les parents qui vont poursuivre leur visite, pour rejoindre l’atelier car il faut que je fasse un peu de place pour que les ouvriers de Brunoy puissent facilement enlever la suite cubique N°1. Papa et Maman me rejoindront par leurs propres moyens à la mairie de Brunoy pour assister à l’inauguration qui démarre à 18h.

A suivre…

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